Coucou les filles !

Critique | À nos amies de Ariane Papillon | Regards Satellites 2026

Format vertical, les chambres se dévoilent, des espaces matriciels qui s’étendent pour des expositions de soi, et des quatre jeunes filles réunies par Ariane Papillon dans la conversation audio-vidéo-textuelle d’À nos amies. Toutes se découvrent au fil du film, entre Paris, Angers et Tunis, un film à distance par présences superposées. La présence, au sens anglais de present comme cadeau ou don de soi se fera donc par un don des images capturées via les écrans des téléphones portables de Caroline, Nour, Louanne et Rita. Extension par extraction du temps et des espaces de l’intime dans des room tours, phone tours, morning ou encore night routines, en salles le dispositif propre aux réseaux sociaux change d’échelle, et avec lui, son régime d’attention. La cinéaste-chercheuse déplace les images en dehors de leur médium dans un collage de vocaux, captures d’écran, stories, appels vidéo, auto-montages ; un film à distance dans un même espace-temps, réunissant les visages, vignettes contre vignettes, pourtant seuls face à l’interface.

Le mode d’adresse se fait vers un ailleurs, discrètement dans les interstices, et trouve une manière de rejoindre les corps qui se meuvent dans ces espaces clos. La justesse des regards réside autre part, dans la spontanéité des relations, au-delà des discours creux ou candides des adolescentes qui révèlent davantage l’aliénation des bulles algorithmiques (aussi appelées entre soi par l’une des protagonistes) et la logique des liens parasociaux entretenus par une consommation de gestes à reproduire chez soi. Plusieurs comptes pour plusieurs facettes, et, d’une certaine manière, ne plus chercher d’identités. Ou se chercher ensemble, dans des idées partagées de la lutte, des féminismes et des amitiés à l’ère numérique, qui grandissent et fluctuent par la discussion et l’altérité : troquer les étiquettes contre la fragmentation et le trouble.

Ce que le film subvertit tient alors au déplacement du cadre documentaire par la mise en fiction de ces correspondances (deux duos deviennent un quatuor). L’auto-filmage constitue la matière même du film, et de cette circulation de poèmes, de débats et d’histoires du quotidien, une création collective est rendue possible, une cohabitation par le montage. Bien que s’emparant de leur cadre, directement de l’intérieur, et s’inscrivant dans une fabrique déjà active de l’image de soi, les filles laissent place au dehors qui se faufile pour une observation plus proche du réel. Comment alors habiter ces images : s’en extirper ? 

À nos amies de Ariane Papillon