Queeriser les champs

Critique | Pédale Rurale d’Antoine Vazquez | 2026

Sur les chants des cigales et celui de Benoît s’ouvre une promenade comme un rite, une entrée dans l’idée d’une matière rurale. À la recherche de motifs pour composer ses images, Antoine Vazquez amène sa caméra en Dordogne, là où il filme la commune de Thiviers et celleux qui l’habitent. Tout d’abord, le jardin de Benoît qui retourne la terre, nomme les plantes ; cultive son refuge. Lézardant auprès des carpes, non loin du crapaud qui se confond dans le vert, le cinéaste, rendu visible par sa voix, le questionne sur le mode de l’entretien, et introduit son sujet sans jamais vraiment partir à sa recherche. Qu’est-ce que (s’auto-)raconter lorsque l’on sait déjà ce que l’on veut dire ?

De leurs discussions, peu de choses se révèlent, si ce n’est « un besoin qu’il n’y ait plus de mots », ou de se les réapproprier, car bien souvent les corps dépassent les définitions. La parole peine à circuler, enfermée, se butant aux bords des cadres, derrière le comptoir du café ou aux agents municipaux de la mairie. Ici réside l’enjeu des protagonistes : ensemble, trouver des espaces, se réunir pour s’écouter, s’organiser, se faire exister – ne plus fuir vers les villes « pour avoir le droit de vivre » . Un rythme collectif s’installe. Au fil des saisons, du passage des rencontres et des liens qui se tissent, les chars et les drapeaux colorés s’érigent, la première Pride du Périgord vert voit le jour.

Les corps, émus, se confrontent aux regards, chantent, dansent, trouvent d’autres voies pour déborder enfin. Dans ce moment, Vazquez parvient à s’extirper de sa posture pour être à son tour regardé, il rejoint ainsi la marche, et embrasse – bien qu’un peu trop tard – le thème abordé. En se regardant (et s’auto-pensant) un peu moins, la possibilité d’une joie émerge. 

Pédale Rurale d’Antoine Vazquez, au cinéma le 04 mars 2026