Second pas d’une notule (2)

Critique | Imperial Princess, Virgil Vernier, 2026

Lors du Cinéma du Réel 2024, j’avais entamé l’entreprise d’un petit journal dans lequel j’écrivais quelques petites notules sur les différents films présentés. De ces derniers, la grande majorité ne trouvera jamais distribution. Pourtant, une année et demie plus tard, le long-métrage de Virgil Vernier – Imperial Princess – va rencontrer les salles françaises, me permettant de replonger ici dans un court texte d’un temps perdu. Ici sera donc la réécriture, cette tentative de prolonger un geste de festival qui – nous le savons – se trouve toujours biaisé de frénésie, le second pas de quelques ternes retrouvailles.

Drôle de situation que de se retrouver par voyeurisme à suivre une fille, Iulia, de propriétaire russe, millionnaire (milliardaire ?), pendant les premiers instants de la guerre en Ukraine, se devant mélancoliquement de rester seule à Monaco, là où son pauvre papa fut contraint de retourner au pays. Cet enchâssement du dégoût envers notre propre empathie avec l’errance creuse et l’existence fade d’une fillette à papa ouvre un étonnant sentiment d’indécision. Où Vernier se place-t-il ? S’il se moque des tourments bourgeois, il le fait avec trop d’humanité pour que nous puissions décemment l’accompagner dans une longue humiliation de 48 minutes. Et s’il accompagne, très (trop ?) sérieusement, les états spleenétiques de la pauvre fortunée, la candeur politique s’y retrouverait flagrante, voire pathétique. Non, il y a là quelque chose de terrible, incertain, perturbant.

Sûrement alors que Vernier joue sur les deux terrains en même temps. L’omniprésence de la voix off naïve et dangereuse de Iulia accumule les propos sociologiquement ridicule (son ami Rayane aurait vécu la misère avant son transfuge, il se serait « fait tout seul », oui, oui, on connaît la chanson, le délire du « si l’on veut, l’on peut » de la pseudo-méritocratie que les bourgeois utilisent pour se légitimer, se déculpabiliser) et ses chagrins gênants (entourés de voitures de luxe, de bijoux, de chambres d’hôtel gigantesques, de restaurant à chaque repas, d’amuse-gueules et champagnes non taxés, fraudes fiscales assumées). Tandis qu’en surcouche, ce même imaginaire monégasque et aristocratiquement désuet s’expose par les images violemment nauséeuses de Vernier qui n’hésite jamais pour cramer les flux publicitaires et ridiculiser les moteurs de Lamborghini. L’on passe d’une larme isolée comme dans une story Instagram à un comique prénom pour Yacht ; ainsi sera le titre. Imperial Princess est le balancement d’un monde à l’autre – la lutte des classes gesticulant comme un spectre dans un miroir : le reflet de nos (leurs) bouffonnes vies. Imperial Princess est le geste, non moins bouffon, mais bancal, de Vernier : mal bâti et un peu tordu.

Imperial Princess de Virgil Vernier, en salles le 21 janvier 2026