Boring of age

Critique | Dua de Blerta Basholli | Semaine de la Critique

Scène de toilettes entre filles. Coiffures, maquillage, et répartition des garçons pour la soirée. Dua (Pinea Matoshi) se tient en retrait, effacée, silencieuse, pas tout à fait intéressée parce que pas encore concernée par ces problèmes d’adolescentes (elle n’a pas encore ses règles). La séquence détermine un principe cinématographique douteux, aussi creux que le pseudo regard mystérieux de son actrice : Blerta Basholli choisit parmi toutes ces filles celle qui semble la plus secrète, dans un processus misogyne, puisque toutes les autres restent des surfaces à blush pas suffisamment intéressantes pour un film d’auteur européen de l’est.

Le seul principe de mise en scène, à cet effet, consiste en des plans à la caméra portée sur son personnage, et, pour souligner sa focalisation, laissant dans le flou le reste des personnages. Voici donc qu’on nous ressert le portrait de la jeunesse en transition, pour garder un regard candide sur les atrocités de la vie auxquelles Dua – film-cherchant-à-traiter-d’une-situation-historique oblige – assiste impuissante (ou presque, elle se met au judo comme sa copine dure à cuire réfugiée d’un village occupé par les Serbes). Comme tout film de festival qui cherche à se rendre inclusif de pays qui n’ont jamais été selectionné à Cannes (premier film kosovar à la Semaine) pour ne pas paraître européano-centré, la situation politique du Kosovo des années 1990, envahi par les Serbes qui commettent exaction sur exaction (violer et tuer une jeune femme, passer à tabac et voler l’argent du père de Dua), se permet le luxe du manichéisme pour évacuer tous les enjeux et se concentrer uniquement sur la violence absolue qui en résulte. Cette simplification finit par faire ressembler cette guerre qu’on essaie de nous montrer à toutes les autres guerres, car de toutes façons, pour nous les Européens, c’est du pareil au même. Il faut simplement nous donner bonne conscience de ce qu’on regarde des films qui s’engagent à notre place. Et surtout n’hésitez pas à rajouter des violons et un souffle suffocant.

Dua devient donc une jeune femme, son sang se met à couler, comme celui des guerriers (du guerrier qu’elle a en elle selon sa copine judoka). Elle fait donc désormais partie du monde des adultes qui lui promet agressions sexuelles, harcèlement de rue et la fin des jeux de bagarre avec son grand-frère. La vraie lutte a commencé dans la vraie vie, et ce sera à elle de se battre pour elle-même, parce que désormais elle a ses règles, elle peut s’émanciper, et faire elle-même couler le sang des petits garçons, fils d’agresseur, car finalement, pourquoi pas s’attaquer aux plus faibles, pour une fois que c’est une fille qui donne les coups. C’est sûr que c’est comme ça, en inversant les clichés, qu’on continue à ne pas faire du cliché..

Dua de Blerta Basholli, prochainement au cinéma