Entre là, snake-eye d’entrelacs

Critique | Le Serpent à Bonanjo de Max Mbakop & Lilia Kilburn | Cinéma du Réel 2026

Sinueuse, s’immisce en douce la continuité de l’administration coloniale au Cameroun. Le groupe Bolloré emmure le port, les rues conservent leur nom, De Gaulle, Loti, et Macron est appelé à venir prochainement.

Lemniscate, symbole de l’infini, que Baba et les patineurs de l’Espoir Roller tracent en se suivant à la chaîne, serpentent, en s’alignant au mouvement de succession des procédés de découpages ségrégationnistes, une perpétuelle présence qui segmente la ville de Douala.

De l’ancienne poste coloniale, entre fond de bleu de France et jaune impérial, il en reste des cubes et segments, carrés bleus à lignes, clim’ Samsung bleues aux pales grises circulaires, fenêtres carrées striées, fentes rectangulaires de boîtes, rangées de bordures sur géométrie plane, devant lesquels des vélos et voitures jaunes roulent, un maillot numéro 7 bleu, un short Adidas bleu marine, ondulent d’une circulation fluide, laminaire. 

Sur fond de voix qui narrent et contextualisent le lieu, le mur rectiligne devient une façade  d’écailles devant laquelle l’on fait des tours sans tourner en rond. Où s’assoient des habitants, simples ajouts au décors pour la chorégraphie des patineurs qui courbent les injonctions passées du quartier, et de ses rues désormais dégagées et ouvertes. Leur ondulation semble louvoyer et insinuer leur mainmise prudente sur ces terrains délaissés, semi-accordés, et vite repris. De ces alignements qui deviennent arrière plan scénique, ces derniers sortent des rangs et sautent les murets, quittent notre champ de vision, franchissent la lisière de démarcation jaune et bleu qui compartimente chromatiquement.

Plans qui nous glissent dans l’observation d’une advection de quantité de mouvements sur un arrière plan quadrillé, composé, mais statique ; qui confèrent une image quasi mécanique et surfacique où s’écoule un élément que l’on suit.

Le fond sonore permanent des rollers, participe à cette advection : cadence qui circonscrit et encercle une zone anciennement encadrée mais continuellement alignée. Boucles qui sonnent même comme un ressac marin, vagues de flexion, et répondent aux voix-off qui déplorent un accès restreint au port.

S’ensuit alors, une répétition de motifs, sorte d’assonance entre les plans de lignes verticales, puis horizontales, coupés par des fish-eye qui glissent doucement, eux-mêmes hachurés par leur alignement côte à côte, pupille de serpent, motif qui ne démarche pas, mais qui déroule, à l’instar du calligramme pour annoncer les crédits.

Court-métrage comme un intermède bleuté, un allongement de l’intervalle des lignes historiques, des convections non cycliques mais elliptiques, c’est-à-dire sans serpent qui se mord la queue.

Le Serpent à Bonanjo de Max Mbakop & Lilia Kilburn, Cinéma du Réel 2026 – Compétition