Critique | The Cow’s Complaint de Mahdy Abo Bahat & Abdo Zin Eldin | Cinéma du Réel 2026
Occulte gris, embaume une lumière qui passe de main en main et qu’il n’est pas nécessaire de dévoiler, qui est dense, qui lamente pieusement sans gémir, s’étant acquise elle-même.
Objets et poussières vidés sur le lit, sur lesquels méditer le temps d’un passage, ipséité dans la lumière immatérielle, inonde un seuil de présence, et, soigneusement, on les enveloppe, les recouvre. Oui, éclaire de guirlandes face à la déclinaison qui éblouit, face à l’éventuelle coïncidence qui ravit les cœurs ennuagés, éclaire la promiscuité qui s’ajoure d’elle-même.
Mahdy Abo Bahat et Abdo Zin Eldin plaident un trésor de chambre laineux, sur tapis, couvertures et pelages, sourates chantées sur l’agneau, vestes en peau ; afin de rester couvert de l’étymologie ascétique ṣūfī (laineux), et des tuniques (gallibaya) portées traditionnellement en signe de modestie envers les commerçants et artisans égyptiens.
Laine éteinte, cendrée par les murs et l’ombre de l’accumulation, mais éclairée par un soufisme qui manie, qui drape sa lumière dans une épaisse fumée teintée de leds clignotantes violettes et bleutées. Il faut déballer l’amas matériel, ficeler les tissus et voiles sur des cadrans en bois ; les regards sont préoccupés, astringents. Ils sondent le dépassement, s’assoient.
Les corps installés s’enfument, se condensent ou fouillent sans se dissiper dans les amoncellements, d’obscurs recoins aux couleurs orageuses, stations spirituelles exiguës qui massèrent le sublime. Toujours au premier plan, un bout de porte, de mur, de toile en nylon, d’angles de coins ou d’objets en perspective, cloisonnent les plans et installent un cloître.
Des cellules drues, à l’électricité statique, aux traces d’RGB, qui servent d’enceinte, de mausolée, pour les portraits monochromes des défunts. Portraits affichés, collés aux murs ou bien posés. Ils reposent, mais sont redressés, ces visages qui semblent appeler de loin leur propre voix, confinée sous plusieurs couches de laines. Et cette hantologie est précise dans le vaporeux, résonne avec la psalmodie des chants, le bourdonnement et l’inhalation de la chicha, le bruit d’un rembobinage récurrent, le martèlement du bois, partageant tous une source d’origine retirée, absente à l’image. Ces absences confèrent aux corps présents la même densité que les voiliers miniatures flottants, entassés et emmurés, voués à l’immensité en suspens. Brutalement sans bruits, mais accompagnés de sons, multipliés, répétés, ils ravivent ; suggérant gracieusement la pratique du dhikr, l’invocation rythmique. Alors, une fréquence ésotérique le long des plans insuffle un mirement mémorial, élégiaque, se rapprochant du maniement d’un savoir complice. Celui, sévère, et acéré, de reconnaître aux animaux leur rôle d’assesseur auprès de Dieu, qui livrent les hommes occultés et enlainés, essence qui leur était déjà avouée dans Ozr el wezzah (2023). Emmitouflé, on ne peut alors que méditer avec prudence et sculpter, entouré de sa propre désertion, et des bêtes qui l’annonceront.
Détachés du reste du film, les plans à l’estuaire du Nil dévoilent d’autres visages, les regards caméra aèrent, et ne sont plus de cette stance lumineuse propre à l’enveloppement, mais sont la raison même de cette surcharge de la permanence, sont les témoins actifs de l’effort d’approcher la passivité divine.
The Cow’s Complaint de Mahdy Abo Bahat & Abdo Zin Eldin, Cinéma du Réel 2026 – Compétition

