DE//VOIR//RE//COMPOSER

Critique | The Rib of the Greater Bay Area de Zhou Tao | Cinéma du Réel 2026

Zhou Tao filme un milieu, décortique, au sud de la Chine, le Delta de la rivière des Perles, les motifs aussi bien en aplats qu’en strates de The Rib of the Greater Bay Area. De gauche à droite les nuques défilent, le cinéaste laisse le regard se perdre, suivre les lignes, les barques, l’écorce qui se côtoient au sein d’un dense brouillard impressionniste. Sur soixante-dix minutes, un déroulé de paysages comme l’illusion d’une continuité, et l’émergence de multiples déploiements : dans l’eau et sur la rive déferlent les corps, les lignes blanches et autres bouées, etc. ; un foisonnement qui s’imprime sur les rétines. Les yeux (des statues, les nôtres) re//composent alors avec les tâches de couleurs, les ombres, s’enfoncent dans la profondeur des teintes pour emporter ce qui dépasse et le flou avec soi. 

Des petites flammes, bleues, jaillissent des clapotis, ou bien des spectres, surgissant tout droit des ondes des gouttes de pluie, et se nichent au coin de l’écran. Cadrer le décadrage pour laisser entrer : Zhou Tao filme l’arrière-plan, ou l’à côté, l’autour et pourtant déjà le tout, au seuil de l’au-delà (et non plus dans l’entre) des images. Quelque chose de l’ordre du diffus qui permet une lucarne révolutionnaire, mieux voir, au travers des traces géométriques ni abstraites, ni figuratives, quelque part ailleurs. Les sortes de calques brumeux altèrent la vision, dispersent les nuages flottants et cercles électroniques RGB dans l’espace sonore infini. Des multiplicités d’allers-retours vers des états intérieurs — mélancoliques, lumineux, inquiets — s’enchevêtrent en superpositions sans fin, des interconnexions qui rament, qui bercent, qui font vibrer l’écran. 

Avant que les vagues n’emportent plus loin les éclats, qu’ils ne se déposent sur le marié-pantin, le soleil vrombit sur les reflets roses pâles, alors revient le brouillard. Une marée d’images latentes en envol, comme l’aigle rouge, puis noir, d’un oiseau l’autre, en attente de s’imprimer aux creux des grincements, au dedans de cette matière filmique qui se dilue, abondante, et invite à la balade. De ces échos, se dissoudre dans l’image. 

The Rib of the Greater Bay Area de Zhou Tao, Cinéma du Réel 2026 – Compétition