Critique | A Fidai Film de Kamal Aljafari | 2026
Le souffle des fantômes en toile de fond, le soleil rouge culmine dès l’ouverture de A Fidai Film. Sur les images d’archives, des textes et poèmes se superposent, parfois murmurés, parfois gribouillés, les rendant alors illisibles. Deux fenêtres dans un grenier chantées scrutent les ombres et silhouettes qui défilent sur les façades ou près des falaises, la foule, sur la colline, en couleur ou en noir et blanc, suit les envols au-dessus des champs. Dans ce dense montage, Kamal Aljafar déploie différents registres d’images issues des documents du Centre de recherches palestinien de Beyrouth, confisqués en 1982 par l’armée israélienne. À travers ce geste d’imbrications, les images et les spectres qui les habitent sont réactivés, survivent.
Sous le flux aqueux, une cascade de fleurs s’étend dans le musée des jours, des rouges détonnent, une persistance. Archivistiques, les enregistrements, films, photos, et leurs apparitions mentales alors actualisées sont contaminés par l’urgence du présent. Un fluide rouge s’immisce dans les grains des pixels, tâches comme barreaux, courcircuite les vagues et l’écume, empruntant une esthétique du datamoshing et du glitch, et révélant ainsi la détournabilité des images. Son vif rature les annotations inscrites en hébreux et ravive les corps pour une existence nouvelle du pays des oranges tristes. Une ré-appropriation pour re-visiter ces terres au bord de l’oubli
Les cordes sont tirées au milieu des débris, en attendant que la cloche sonne, les immeubles s’effondrent. Dans les camps de réfugiés, les enfants se déplacent dans la boue à en perdre leurs chaussures. Une entrée dans les flammes, un flou numérique, de Qalandiya à Beyrouth-Ouest, des années 1920 aux années 1980, où la fumée se propage. Ce que le réemploi permet ici est la monstration de la violence coloniale qui s’érige sous les drapeaux israéliens alors que les corps militaires interpellent les passants, non loin des chiens et cadavres qui parsèment les rues. Dans l’immensité des archives, en les renversant, les altérant, des hantises exorcisées comme des pleurs et bénies comme des nourrissons, résistent. Une insoumission.
A Fidai Film de Kamal Aljafari, au cinéma le 04 mars 2026

