Brèves du FID2026 1/2

Critique | Brèves du FID | FID 2026

« Est-ce que ça peut être autre chose, un film, qu’un poème ? »
– Jean-Claude Rousseau, FID 2026

Un Rio y una Reina de Miriam Martín
(Compétition)

D’un bout à l’autre du cadre, Miriam Martín dépeint une rivière et une reine, sa montagne, ses recoins, dans une tentative d’épuisement rythmée par l’eau et le vent. Au creux de la Tierra de la Reina, les ondulations de l’Esla ne prennent pas le temps de s’arrêter sur les talus herbeux. Continuées par un montage un peu trop pressé, elles défilent sur la voix-off de la cinéaste décrivant la situation du lieu, de ses habitants vivants et non-vivants, ainsi que les impacts du réservoir de Riaño provoquant l’inondation de villages environnants une quarantaine d’années auparavant. Les arbres, comme des flammes, crépitent dans l’attente de « lieux qui existent sans nous » alors que les cloches des vaches tintent au loin. Les brusques extraits musicaux qui s’échappent et entrent en résonance avec une multiplicité de points de vue, rejoignant le saule et les poissons. La cinéaste incite à voir, une première fois pour la beauté, sans tout à fait parvenir au deuxième regard qui permettrait de voir exactement.

A.G.

You dreamt you saw yourself but couldn’t see your face de Shireen Seno
(Compétition)

L’onde déplace un reflet, du reflet gît un souvenir, entre les deux rives d’un fleuve la superposition des images. Il suffit que le visible se brouille pour que la remembrance devienne plus nette. Une membrane aqueuse reçoit l’apparaître et l’encore-là, ce qui disparaît ne s’efface pas. L’écoulement de l’eau qui se dissout dans l’écoulement du temps qui se dissout dans l’écoulement de la présence. Les corps persistent sans rejoindre les voix, les images continuent d’habiter des sons qui ne les reconnaissent plus, au sein d’un mirage réfléchissant, révélant la suspension d’un monde dédoublé : au fond du lit du fleuve-mémoire jaillit la disparition des nuages.

S.H.

 I promise I’ll come and rescue you de Vimala Pons
(Autres Joyaux)

Vimala Pons succède en voix-off et ressasse ce qui s’apparente à des improvisations théâtrales, puis interprète en boucle multiples personnages de banque d’image en ligne. Looping cyclique d’une lampe à lave au cynisme à la gâchette facile, Pons défile des pensées intrusives sans détromper une facilité du méditatif de répétition. La prétérition, mantra en boucle, est économique, mais manque d’imprudence. Trop performatif, le film gagnerait à se fragmenter au sein d’un environnement de cinéma exposé. 

B.B.

Révolution Française (Rappel) de Marylène Negro
(Autres Joyaux)

Montage clipesque de séquences d’anciens films sur notre chère et tendre Révolution Française, surmontées de musiques électroniques détonantes, le tout badigeonné de textes révolutionnaires (?) aux couleurs criardes : ce moyen-métrage tape-à-l’oeil – pot pourri clinquant et divertissant, d’une superficialité récréative – aurait eu une meilleure place sur un mur de soirée techno, projeté pour des spectateurs inattentifs en manque d’esthétique subversive. 

S.H.

Sabes de mim, agora esqueça de Denise Vieira
(Compétition)

Une inquiétude d’abord : le film est maladroit dans ses prémisses, s’adonne à un symbolisme et un montage qui cheminent sur un fil ténu entre le puissant et le lourdingue. Des travailleuses du sexe sont contraintes de fuir face à la police (qui fonctionne ici surtout comme une allégorie d’un mouvement réactionnaire invisible et universel) et trouvent asile dans un bordel tenu par une prostituée qui se présente comme étant âgée de plus de 200 ans. Ce n’est qu’ensuite que le dispositif du film se déploie pleinement : il s’agira de montrer des visages et des corps dans toute une diversité trop rarement vue sur un écran de cinéma – de genre, de morphologie, d’âge ou d’imperfections rendues ici éclatantes. Le film s’éloigne du misérabilisme grâce à ce bordel-refuge qui permet aux TDS d’échanger sur leurs pratiques sexuelles, de s’en amuser et d’initier leurs clients/partenaires à des kinks insoupçonnés. Face à la prolifération des rétrogrades, Denise Vieira affirme le potentiel révolutionnaire de l’exploration de la sexualité, à condition qu’elle reste enthousiaste, libre, respectueuse et festive.

L.B.