Traverser la petite mort

Critique | Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun | 2026

Teenage Sex and Death at Camp Miasma est un film multimodal par sa traversée d’un mode d’existence à un autre, partant d’abord de la déclinaison marchande de la franchise d’horreur fictive à la Vendredi 13 (1980-2009) (et son fameux lac !) « Camp Miasma » pour aller jusqu’au remake que rêve de faire Kris (Hannah Einbinder), jeune cinéaste queer pleine d’ambitions. Le geste est vertigineux : à l’écran, Kris porte le même désir que Jane Schoenbrun, celui de réinventer, à l’aune d’une lecture contemporaine, cet objet culte et populaire qui serait passé à côté de sa déconstruction. Le film-dans-le-film devient ainsi un miroir à peine déformé de sa propre fabrication.

Dès son générique d’ouverture, le film procède comme une fouille archéologique : VHS empilées, figurines du serial killer Little Death, publicités d’époque et articles nécrologiques sur les suites ratées de la saga composent un inventaire nostalgique. Matière que creuse Kris en se rendant directement au Camp Miasma, à la rencontre de Billy Presley (Gillian Anderson), la final girl du premier opus qu’elle souhaite intégrer à son projet cinématographique. Elle y croise aussi des anciens figurants habitant la petite ville qui borde le camp et parasitent peu à peu la vie du cadre. Le tournage lui-même s’immisce dans le récit. Dès les premières minutes, avant que s’installe la diégèse, caméras et techniciens envahissent l’image. Cette entrée par la fabrication annonce le trouble qui suivra, ponctué de glitchs, de prises de vues FPS, et de la surplombante respiration ventilée de Little Death. 

En reprenant les codes du slasher dans toutes ses dimensions, du kitch plastique carton-pâte, aux fontaines de sang rouge vif, en passant par une mise en scène des massacres d’une précision chorégraphique, tout ici est décor. Cette maîtrise formelle bascule dans une fétichisation de l’image qui dépasse son potentiel ironique par une esthétique léchée grandiloquente, à l’image des bonbons ou de l’insert sur la sauce poulet, ignoblement publicitaire donc.

La porosité entre les différents niveaux de fiction traduit la hantise d’un imaginaire d’enfance qui pulse sous la peau adulte et tente de ressurgir par à-coups. Regarder dans les yeux la petite mort. Se laisser traverser depuis le trou au fond du lac (d’où sortent les films). Ne pas déconstruire, ou alors son réflexe de sur-analyse pour ressentir au plus près de la chair et des fluides ses désirs. Être prise par les monstres, vivre et tuer ses fantasmes.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun, un film MUBI, en salles exclusivement le 17 septembre