Au bout de leur monde

Critique | Um fim do mundo de Pedro Pinho | Regards Satellites 2026

Sur le manège des amours passagers, Um fim do mundo apparaît comme une fête rythmée par les BPM résonnant dans Setúbal. La fin des cours marque le début des vacances et de l’été ainsi que la persistance d’une insouciance déjà installée. De la vie, des amitiés, à la traversée silencieuse des rues, du vent et des immeubles, émanent de multiples circulations. 

Que regarder, à part le regard de l’autre ? Quand seuls les néons de la fête permettent de traverser la nuit, tout devient spectacle ; la frénésie du blafard donne à tout l’ampleur du visible. Un forain hurle à qui veut l’entendre de regarder la preuve indubitable de ce que son attraction en mouvement émeut jusqu’à s’uriner dessus. Plein soleil, ce n’est pas si différent, si ce n’est qu’on lutte pour y voir. Ou lutte-t-on pour donner à voir ? Si le vol à mains armées par une poignées de jeunes gens cagoulés aurait dû se dérouler dans la discrétion, les rayons harassants de l’été l’élèvent au stade de légende urbaine. Ce qu’il aurait fallu voir. Et c’est en scrutant les corps dans les moindres replis qu’est rendu au jour le coupable de la frasque, mordu au doigt, stigmate incriminant. Grands enfants qui font des bêtises d’adultes, à la lumière ils s’en prennent, pour se venger d’avoir été refoulé de la fête, arbitrairement. Plonger la ville dans le noir, elle qui ne bat que par ses néons étiolés, pour faire battre les cœurs amoureux en dépit d’elle, elle qui les accueille par terrains vagues sur le récif, par barres d’immeubles et parkings souterrains. 

Dans ce rien à voir, donc, restent les corps des autres. Se scruter aussi pour mieux s’approcher, mieux se séduire. Toucher avec les yeux. Les regards se déposent de contours en contours, suivant différents rapports de force et leurs logiques de genre, de race et de classe. En dépit de ces micro-violences, et dans tous leurs mouvements, une destination commune : la plage. Le bout de leur monde. Depuis la périphérie, le trajet et ses détours laissent vivre la chasse aux moustiques et la ronde des caddies jusqu’au temps suspendu au-dessus des serviettes recueillies par le sable. Grains contre peaux, pour un moment, se plaire, se parler, s’éclabousser, pendant que les rayons réchauffent le sang ou les cœurs, le parachute en demi-lune emporté par la brise. Le temps vaque, on respire enfin.

Sous les phares et sous les flammes, la poursuite de l’errance mène à se perdre dans le temps de nos pensées, couper l’électricité pour faire durer la nuit. Dans l’obscurité, l’on se retrouve alors au plus proche de soi, un intérieur mémoriel. Le plus proche de soi, c’est aussi l’autre qui sombre dans le sommeil sur son épaule, pendant qu’on joue une dernière fois avec le feu d’une lampe torche. Ainsi, dans le calme de la chambre et l’apaisement des rues, somnole une faim du monde. 

Um fim do mundo de Pedro Pinho