Kata et Anna sont dans un bateau

Critique de Adoption (1975) | Événement Márta Mészáros

Le désir d’enfant rapporté par Kata se heurte à plusieurs murs ; son amant, parce que marié par ailleurs, refuse de porter la responsabilité d’être un géniteur. Une amie lui fait remarquer qu’un enfant adopté, il ne pourra jamais être heureux. L’adoption promise par le titre se déporte depuis une envie explicite et annoncée vers la relation naissante entre Kata, menuisière, et Anna, une adolescente à qui elle prête une chambre. Cet effet de détournement narratif sert une grille de lecture psychanalytique, propre à une philosophie occidentale qui complexifie le seul socialisme réel lisible dans la mise en scène du film. 

Cette ligne narrative claire bénéficie énormément du regard de sa cinéaste, d’une grande précision lorsqu’il s’agît de mettre en relief ce qu’incarne chaque personnage au sein de sa position sociale, sans que celle-ci ne soit jamais surévaluée au détriment d’une forme de complexité présente dans le réel immédiat. Ou dit autrement : Adoption met en scène des situations sociales, tout en relevant prioritairement ce qui se joue pour l’individu dans le temps présent de la scène. C’est ainsi qu’est par exemple agencé le premier quart du film (d’ailleurs d’une rare perfection, partition que le film n’arrive malheureusement pas à jouer sur toute sa durée) : on démarre à l’usine, concentré sur les mains de Kata travaillant le bois, et aussitôt après la médecine du travail vient scruter le corps ouvrier et quarantenaire du personnage ; la bonne santé physique qui préoccupe Kata concerne la possibilité d’un enfant. Pour le médecin, aucun problème : c’est dans la scène qui suit immédiatement, lorsqu’elle expose son projet à son amant Jóska que le mur et l’impossibilité paraissent. Laquelle impossibilité est confrontée à une vitalité toute autre, puisqu’elle précède la rencontre avec Anna et sa demande de s’installer dans une chambre pour y venir avec son petit ami, avec qui elle exprime des souhaits de mariage (trouver une solution administrative à ce désir, en tant qu’orpheline mineure et sans toit à elle sera son fil narratif).  

Le désir de ces deux femmes est ainsi traité dans sa dimension la plus pragmatique, renvoyé en deux temps à ce qu’il produit sur leurs esprits : déjà une attente, l’adoption comme le mariage faisant face à un poids procédural (permettant au film de faire à peu de frais et avec efficacité sa critique de la bureaucratie en Hongrie d’ex URSS), et surtout un dévoiement de désirs qu’on suppose inhérent à la féminité. L’enjeu central de la mise en scène de Márta Mészáros est au diapason de cette attente coûteuse, qui fait étonnamment accélérer une échéance qui paraît moins souhaitable à mesure qu’elle ne se concrétise. 

Adoption de Márta Mészáros, ressortie le 28 janvier au cinéma