Critique | Le Dernier Survivant de Geoff Murphy | 1985
C’est une histoire de science-fiction simple et efficace, popularisée aux États-Unis durant la torpeur de la Guerre Froide : un homme se réveille en découvrant un bon matin que, suite à une catastrophe, il est le dernier homme vivant sur Terre. Déterminer le blueprint aujourd’hui serait vain, tant l’idée a été digérée sous toutes les formats depuis la fin des années 1950, du film de studio de la MGM (Le Monde, la Chair et le Diable, Ranald MacDougall, 1959), au tout premier épisode de la première saison de la Quatrième Dimension (Where is Everybody?, Rod Serling, 1959), en passant par la littérature avec Je suis une légende de Richard Mateson (publié en 1954, adapté au cinéma en 2007 par Francis Lawrence). Sortant d’un succès avec Utu (1983), le cinéaste néo-zélandais Geoff Murphy s’empare alors de ce postulat pour réaliser Le Dernier Survivant au milieu des années 1980, en Nouvelle-Zélande : nouveau continent, et nouvelle temporalité donc. Si la structure reste la même, les causes et conséquences de la catastrophe sont légèrement différentes : ce n’est plus une guerre nucléaire mais une opération militaire nommée Flashlight, relevant d’un conglomérat des grandes Nations visant les rayons du soleil, les UV palpitants de plus en plus forts à causes d’ondes terrestres humaines.
Il faut alors évacuer ce titre français, trompeur dans sa promesse de héros solitaire : si Zac Hobson (Bruno Lawrence) est bien seul, il ne le sera que le temps du premier tier du film, avant d’être rejoint par Joanne (Alison Routledge) qui le débusque, avant de devenir un trio trente minutes plus tard avec Api (Pete Smith). En revenir au titre The Quiet Earth, titré sur le premier plan : un lever de soleil depuis la mer, filmé en gros plan. Si le spectateur français a vu la même année le miracle de la fin du Rayon Vert d’Eric Rohmer (Le Dernier Survivant étant sorti en 1986 en France), l’astre levant de Geoff Murphy est une boule de feu quasiment abstraite et hallucinée, aux tons oranges-jaunes-rouges purs, rappelant presque certaines peintures de Rothko. En payant son tribut au 2001 de Stanley Kubrick dès le plan inaugural, le cinéaste amorce dans le même temps ce qui sera sa mise en scène pour le reste du film. La première demi-heure de solitude et de déambulation de Zac est marquée par un vertige, celui de constater que l’absence de l’humanité en passe par un silence : la Terre continue de tourner, mais c’est le tohu-bohu de la civilisation qui s’effondre, les avions se cassent en d’impressionnants crashs, la voiture faisant un marquage au sol finit sa course dans un fossé après un virage manqué, dans un silence lourd et pesant.
Vers l’infini et au-delà
Le cinéaste prend alors l’intrigue comme un principe de série B permettant la fable spectaculaire. Si les personnages sont schématiques dans leurs caractérisations (le scientifique blanc, l’aborigène bourru jouant plus de la gachette que de ses neurones, la femme présentée comme « schtroumpfette »), les éléments de résolutions et de solutions à la catastrophe sont volontairement opaques et minimalistes. Cela permet un questionnement métaphorique perpétuel des personnages, comme pour le spectateur : est ce que le trio est au purgatoire, morts après le premier flash (comme ils le découvrent après discussions sur ce qu’ils faisaient à ce moment-là) ou bien sont ils des dieux ? Que se passe-t-il après le sacrifice de Zac à la toute fin du film, lorsque ce dernier se réveille une énième fois sur une plage, se pensant mort dans les flammes de l’explosion finale, et découvre éberlué au loin un lever de Saturne ? Pas de réelles réponses, sinon que Le Dernier Survivant est un grand film qui accepte son concept comme un trip cosmique : Is there anybody out there ? demandent Roger Waters et le personnage Zac Hobson. Geoff Murphy répond par le cinéma qu’il n’y a personne, si ce n’est l’univers tout entier à révéler.
Le Dernier Survivant de Geoff Murphy, ressortie au cinéma le 2 septembre

