Des rêves et des bagnoles brisées

Critique | Smash Palace de Roger Donaldson | 1981

Est-ce l’influence de la proximité géographique, d’un voisinage culturel ? L’introduction de Smash Palace, film néo-zélandais, coche en effet toutes les cases de l’ozploitation, ces fameux films de genre à bas budget réalisés en Australie dans les années 1970 et 1980. Une belle voiture filmée sous tous les angles parcourt un asphalte infini qui serpente à travers des plaines dans lesquelles pousse principalement une herbe brûlée par la chaleur, avant de réaliser plusieurs tonneaux contre le bitume. Tout y est : le contraste entre la nature et la mécanique, les cascades, et cette tension, cette inquiétante étrangeté qu’on attend de tout bon film de genre. Mais le comparatif fait naître une crainte : le cinéma néo-zélandais n’a-t-il à offrir qu’une resucée de ce qui a fait le succès de ses voisins ?

Smash Palace prend plutôt le contre-pied de cette introduction : là où l’ozploitation offre à voir un rêve australien décérébré, le film de Roger Donaldson propose son arrière-boutique désespérée. Où finissent les voitures détruites et les anciens amateurs de bolides ? Aux deux questions, une seule réponse : à la casse. C’est là qu’Al (Bruno Lawrence) s’est installé avec son épouse Jaqui (Anna Jemison) et leur fille Georgie (Greer Robson). C’est pour l’ex-pilote son ultime horizon ; incapable de faire le deuil du rêve, il s’obstine à vivre dans ses débris sans comprendre que les paradis déchus sont des enfers – constat qui colle aussi à sa vie de couple. Car Jaqui, elle, ne s’y est jamais trompée : l’installation dans cette région reculée des années auparavant devait être temporaire, et l’homme qu’elle a connu n’est plus qu’un fantôme qui persiste à s’accrocher à ce qu’il pensait être sa vie souhaitée.

Fatalement donc, Jaqui quitte Al, et trouve du réconfort auprès du meilleur ami de ce dernier. Aussi infichu de faire ses adieux à sa vie de famille qu’au reste, Al perd progressivement pied avec la réalité en s’accrochant à la seule chose qui reste de sa vie avec Jaqui : leur fille. Georgie, toujours aussi attachée à son père qu’à sa mère, est son dernier rayon de lumière. Mais la tension qu’on avait vu naître dans l’introduction est maintenant partout, et les inquiétantes embardées du véhicule Al menacent à tout moment de finir en tonneaux, poussant Jaqui, seule option raisonnable, à éloigner Georgie de son père. Il ne lui reste alors que ses principes et ce qu’il pense être son bon droit – plus qu’un coup d’accélérateur et il réussira à définitivement tout envoyer dans le décor. L’empathie de Donaldson pour ses personnages empêche heureusement le film de verser dans le pur cynisme mais méfions-nous tout de même : pour Al, se remettre sur les rails, c’est surtout attendre au milieu de la voie que le train nous passe dessus.

Smash Palace de Roger Donaldson, ressortie au cinéma le 2 septembre