La panthère d’or

Critique | Le Triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz | Séance Spéciale

Des plans de caméras de surveillance dans une villa à la décoration très lynchienne ambiance Inland Empire. Les premières personnes qui apparaissent dans le plan sont soumises à un entretien d’embauche pour devenir la domestique-assistante de la femme d’un riche prince saoudien, qui la cache ici pour préserver sa relation avec sa femme officielle. Laura (Malou Khebizi), jeune fille qui cherche à gagner de l’argent en attendant de rentrer dans l’armée, devient ainsi un rouage à la maisonnée qui permet au luxe d’apparaître. Toute la force de la mise en scène tient dans cette idée : l’opulence est une surface qui cache ses déchets sous les tapis persans. La somptuosité a besoin de petites mains pour nettoyer ce qui n’est pas consommé mais a été entamé. Car la richesse sans épuisement ne construit ses espaces que par des choix (et non par des contraintes), qui impliquent nécessairement le rejet de ce qui n’a pas été sélectionné. Le beau est une dépense, le luxe est une capitalisation.

Le reste du récit est somme toute classique. Laura évolue chez Souria (Soundos Mosbah) comme une âme qui prend sa peine en patience, jusqu’à l’explosion, qui va alors rétablir une forme d’égalité et permettre la sororité : les deux, chacune selon des modalités différentes, sont exploitées. Laura, on s’en doute. Souria, parce qu’elle n’est pas la femme de celui qu’elle aime et qui la garde comme un meuble d’apparat dans cet appartement parisien, comme une magnifique panthère en cage doré et au pelage noir. Le film aurait gagné à rester un huis clos, sans sortie qui brise la dynamique : Laura arrive en effet à négocier pour se rendre à l’anniversaire de sa sœur un soir, tout ça pour se faire draguer lourdement par une connaissance, histoire de préciser que les mecs sont tous des porcs, peu importe la classe sociale. Car du dispositif de surveillance et d’enfermement, à part des métaphores peu subtiles, Hélène Rosselet-Ruiz n’en tire pas grand chose. Offrir un nouveau film à la révélation de Diamant Brute Malou Khebizi dans lequel elle joue de nouveau une gamine des cités un peu paumée mais qui a la ténacité d’aller au bout de ses rêves ? Quand un.e réalisateurice ne sait pas trop comment créer de l’émotion et du lien, iel fait danser ses personnages, dans une forme de pause narrative inutile au récit. On vous laissera compter ces séquences, désormais.

Le Triangle d’or de Hélène Rosselet-Ruiz, prochainement au cinéma