Attention chérie, ça va couper

Critique | Victorian Psycho de Zachary Wigon | Un certain regard

Lors des annonces des sélections cannoises, il y a toujours quelques titres ou synopsis qui détonnent par leurs promesses horrifico-fantastiques flirtant volontairement avec la série B. Pourtant, ils ne sont pas présentés dans leur créneau de prédilection (la séance de minuit), ce qui achève d’en faire de véritables curiosités où tout semble possible. L’an dernier, ce fut le film de requin Dangerous Animals à la Quinzaine des Cinéastes, l’année d’avant ce fut The Substance en Compétition. Cette année, c’est Victorian Psycho de Zachary Wigon qui bénéficie de cet éclairage particulier, catapulté en bout de file d’Un Certain Regard. S’inscrivant par son titre dans la continuité d’Orgueils et Préjugés et Zombies (Burr Steers, 2016), Victorian Psycho nous conte la vie de Winifred Notty, une jeune psychopathe qui se fait nommer gouvernante dans une grande maison gothique, l’Ensor House. Entre deux leçons de savoir-vivre aux deux rejetons de la famille, elle tente de cacher ses pulsions meurtrières, ou tout du moins de faire disparaître les preuves.

Le gore et l’argent du gore

Ce qui est navrant d’emblée, c’est de constater à quel point Victorian Psycho veut se faire plus gros que le bœuf sur le plan esthétique, cherchant à tout prix à montrer les muscles par des « beaux plans » bien fabriqués en permanence. La caméra passe deux fois dans le trou de la serrure, suit la hache de Winifred se nicher dans la tête du père de famille, et la sticky cam popularisée (et ringardisée instantanément) par Requiem for a dream (2000, Darren Aronovsky) fait ici son grand retour, pour notre plus grand malheur. Tout semble crier que le film est cool et subversif de par sa transposition dans son esthétique gore et fun, dans l’univers feutré et corseté d’une époque historique victorienne. Le plan d’ouverture, un plan débullé par rapport au paysage, mais aligné dans l’axe du visage penché de Winifred qui arrive en calèche au domaine, avec une voix off : « Je m’appelle Winifred Notty, et je suis la personne la plus saine que je connaisse. » Tout le problème du film est ici : c’est gratuit, jamais subtil.

Le film ne travaillant jamais son suspens quant aux pulsions meurtières de sa protagoniste (annoncées dans les premières séquences, puis aucune évolution sur les 90 minutes), et les acteurices pataugeant dans un surjeu grotesque et guignolesque (mention spéciale à Thomasin McKenzie en femme de chambre à l’accent anglais haut insupportable), il provoque beaucoup plus l’ennui que l’hilarité. Le comble se profile dans le découpage en chapitres (sept au total), qui enfonce les clous dans le cercueil de la pénibilité, annonçant littéralement son programme pour les séquences suivantes (à la manière d’un titre de Martine). 

Se pose alors une question : pourquoi le film est-il présenté à Un Certain Regard ? Il n’y a là aucune nouvelle mythologie de cinéma, hormis sa maladroite transposition au XIXème siècle, aucun nouveau regard à contempler. Le simple plaisir que devrait procurer un film gore-jouissif est ici évent(r)é par son propre régime esthétique, et provoque ce qui peut-être la pire chose pour un film : l’oublier instantanément lorsque l’on sort de la séance.


Victorian Psycho de Zachary Wigon, prochainement en salles.