Montrer le soleil avec un flambeau

Critique | Everytime de Sandra Wollner | Un Certain Regard

Pour son troisième long-métrage, Sandra Wollner confirme avec Everytime son ambition démonstrative ; par une mise en scène poseuse et un travail sonore écrasant, la cinéaste cherche soit à combler un vide, soit à souligner de façon insistante ses pauvres images. Le film souffre en effet d’un excès de matière : séquences de jeu vidéo, inserts en found footage (vieille caméra, téléphone portable) — sans vraiment parvenir à les articuler ni les équilibrer. Les parallèles visuels entre les environnements numériques de Minecraft et les espaces réels (la chambre, les montagnes, la forêt) sont si appuyés qu’ils en sont presque scolaires. Et ni le grain, ni le soin apporté à certains cadres ne suffisent à masquer une esthétique maniérée qui tourne à vide.

Par-dessus tout, l’écriture se veut profonde mais verse dans le pseudo-intellectualisme : la narration éclatée, multipliant les points de vue (les deux sœurs, le petit copain se sentant coupable, la mère solitaire, des témoins anonymes filmant l’accident mortel de la grande sœur tombant du haut d’un immeuble, etc.) ne fait qu’accentuer la dispersion, pour devenir définitivement chaotique et désordonnée. Confusion qui atteint son acmé dans la dernière partie : la voix-off de la petite sœur, explicative, bazarde le thème initial du deuil au profit d’une soudaine bifurcation vers une science-fiction complètement absurde et sans cohérence — deux espaces-temps parallèles où la grande sœur morte revient à la vie en nourrisson ; un soleil carré qui ne se couche pas… mais finalement si (?). Sandra Wollner parie sur la soudaineté dramatisante de ses effets narratifs pour couvrir une défaillance générale. Seule la direction d’acteur tient relativement la route, notamment le personnage de la mère interprété par Birgit Minichmayr : mieux écrit, mieux joué, il apporte par moments une émotion plus juste, presque étrangère au reste du film. 

Saturé d’effets et d’intentions, Everytime est incapable de trouver une forme précise et cohérente. Derrière ses images esthétisantes et son ambition affichée, il ne reste qu’un objet lourd, prétentieux et profondément consternant.

Everytime de Sandra Wollner, prochainement au cinéma.