Critique | Promised Spaces d’Ivan Marković | ACID
L’ossature des immeubles revêt ses draps de plastique et accueille en son sein des dortoirs. Les corps respirent, lentement s’endorment sous la chaleur de la mousson. Alors qu’il faisait l’énumération du mobilier du Sava Centar, presque vide, dans Inventory (2025), Ivan Marković pose cette fois son cadre au centre des quartiers en construction de Phnom Penh et Sihanoukville, au Cambodge. Habités par les travailleureuses en attendant que les façades s’érigent, les blocs gris colossaux laissent entrer la végétation encore indomptée, se confondent avec les échafaudages et se superposent aux lumières des pixels LED et des écrans.
De ces strates de textures émane une silhouette, un atome entamant une déambulation somnambule entre les débris et les travaux. Les chez-soi se font trop lointains, ne restent que ces abris manufacturés d’où l’on peut rêver du dixième étage et prendre le risque d’y rester coincé. Les présences figent leurs postures selon ces états intermédiaires horizontaux, verticaux, fondant le dedans au dehors ; des seuils de l’ordre du flottement. Ces zones urbaines au milieu de nulle part se veulent bioclimatiques, et seront, à certains égards, en harmonie avec l’environnement : leur architecture se spécule à la surface des toiles jusqu’à se désagréger aux jonctions des murs qui ne quittent pas leur (re)devenir-ruine. Une forme de résistance s’échappe de la désillusion de ces espaces promis qui mutent en non-lieux pourtant de quelques rencontres fortuites.
Les liens se frôlent sans s’attacher et initient l’ouverture d’interstices où se loge le calme d’une promiscuité. Aux alentours, les souffles de la ventilation des songes parcourent les lianes de câbles. Les gouttes de pluie grésillent sous la cascade, glissent sur le béton, s’entremêlent avec les contours suintants des formes occupantes. Promised Spaces assemble différentes couches et classes de matériaux à l’effet d’une prodigieuse cohabitation, accepte l’évanouissement des fils et genres narratifs et laisse ainsi place à la grandeur des errances partagées.
Promised Spaces d’Ivan Marković, prochainement au cinéma

