Critique | Brèves du FID | FID 2026
Staubwelt de Sawandi Groskind
(Compétition)
Dans une nuit sans sommeil, Agnès de ses talons effleurant la terre découvre plusieurs feuilles tachetées de sang. Dans cette même nuit, des néons bleutés tressautent laissant apparaître un éclair vertical subitement traversé par un être venu d’ailleurs, un supposé Diable. Les protagonistes sillonnent de biais le béton des routes pour retrouver une accalmie mystique aussi bien lors du funèbre départ à la retraite – où l’on traduit, transforme, poursuit le petit agneau de William Blake – qu’à la lente danse mélancolique près du mini-golf. L’obscurité se fait peu à peu vectrice de ces rencontres qui troublent l’ordre des choses et approchent avec sérénité les mystères de l’univers. Recueillie, l’urne pleine de secrets déferle à l’instar d’un rêve plus long que la nuit en une infinité de traits abstraits. Une détonation formelle imprégnée d’un nostalgique transport empruntant ainsi l’aspect d’une douce berceuse expérimentale.
A.G.
Entre deux songes de Jonas Bak
(Compétition)
Ce film montre quelque chose d’une certaine solitude contemporaine, d’une angoisse intérieure et indicible, d’une étrangeté toute moderne à communiquer avec nos semblables : il apparaît si extraordinaire pour le cinéaste Jonas Bak que deux inconnues se rencontrent inopinément et passent leur journée ensemble qu’il en fait un sujet de film. Pourtant il n’y a que de la banalité dans ces échanges, qu’une douce normalité du fortuit. Les choses n’ont certes pas besoin d’être dramatiques pour compter, mais cette prédestination scénaristique à l’événement est malencontreuse (avant que les deux femmes ne se rencontrent, nous les voyons, séparément, vivre leur vie, devinant bien que leurs chemins finiront par se croiser), autant que cette sous-intrigue étrange sur les songes (des plans sombres, au ralenti, en travelling, sans autre but que de nous faire poindre une angoisse inconnue) qui n’a que peu d’intérêt.
S.H.
Mare Sapiens de Aurélie Darbouret & Jeff Silva
(Autres joyaux)
Quelques vingt-huit minutes sous l’eau dans la baie de Marseille. La position n’est pas celle d’un plongeur, plutôt celle d’une créature sous-marine immobile, un habitant quelconque des eaux. Les personnages, nommés aux génériques par leurs noms scientifiques, sont les poissons, mollusques, crustacés, algues et végétaux qui peuplent ces eaux. Quant à l’intrigue, il n’y en a pas : des plans fixes ou flottants – en vérité filmés par un plongeur dont on oublie la présence – observent cette vie sous-marine sous tous les angles. Mais dès le premier plan dirigé depuis le fond vers la surface, des coques de bateaux fendent l’écran et perturbent le paisible paysage visuel et sonore – on dirait des ovnis. Première anomalie. Ici, quelques statues sous-marines de la plage des Catalans, là des décennies de vélos, barrières et trottinettes tombées à l’eau, recouvertes de rouille et d’algues : sous la surface, l’abstraction envahit tous les objets quotidiens. Et puis, semblables à des cosmonautes en scaphandre, des plongeurs en tenue, étranges créatures qui n’appartiennent pas à ces lieux. Si l’on pense d’abord à la figure de l’extra-terrestre, c’est bien plutôt celle du colon qui s’impose rapidement ; une omniprésence forcée et bouleversante pour la vie locale dans un lieu que l’on ne peut pourtant pas habiter.
L.B.
Gestures to break an image de Mayra Villavicencio
(Compétition)
Le curseur de Mayra Villavicencio parcourt un Lima à double espace nostalgique : d’une déambulation Street View l’on pénètre le contenu de ses caméras de surveillance. Le geste d’effacement des forces de l’ordre qu’elle y appose est accompagné d’un brouillement de pixels qui geint et s’encastre, les textures exécutent la controverse de la preuve des violences policières visibles, devenues échantillons sans suite. La suppression des présences supposément accessibles à toustes est ébréchée par les sous-titres maladroitement articulés ainsi que la gesticulation des flèches de l’interface qui n’accompagnent pas mais retardent l’image. S’amuïr n’amoindrit pas cette discursivité déjà provoquée dans le rapprochement arrangeant des différents régimes d’images, par lequel la cinéaste prononce pourtant une grande expérimentation formelle.
A.G. & B.B.
Domesticar há milénios (2019)
(Focus Mariana Caló et Francisco Queimadela)
pétrir la pierre, tailler le pain, tresser le blé et le levain,
grimacer à la vie – visages visages –
théâtre des matières sous oiseaux chantant
la belle et bonne chaleur du jour,
ô mirage des temps lointains
S.H.

