Critique | Chants fantômes de Nouria Behloul| Compétition, FID 2026
Sur fond noir, un braiement s’élève et se poursuit en notes, donnant ainsi le ton pour des Chants fantômes. Nouria Behloul constitue à l’aide de motifs parsemés un puissant film-poème, une balade visuelle et sonore qui résonne, se coupe brusquement, se silencie pour retentir encore plus fort.
Composés en plusieurs mouvements annoncés par des modélisations 3D de roches, de feuilles, de fruits ou de rameaux, les chants se déploient sous la forme de percussions pixelisées de coquillages, de cavités, de vapeur ou d’écume, et d’une infinité de matières que la cinéaste traverse agilement. Les vagues scintillent en se mouvant sans arrêt, une agitation de l’ordre de l’envoûtement faisant vibrer les corps et l’écran. Les nuées se distordent alors qu’elles saupoudrent les grains de leur immense spectralité. L’on zoome sur les racines, l’on fouille dans les images et l’on creuse dans les sons ; une musicalité épidermique se réécrivant à la dérive dévoilant différents corps spatiaux aussi bien sous les rythmes du soleil que de la lune. Les coquelicots, vifs, se balancent au fil du vent : le sang a coulé et coule encore, déversant toutes les souffrances des non-transmissions et de l’oubli. Alors que les noms restent, les îles s’effacent. De l’Algérie à la France, les mots, par leurs étymologies, sont décortiqués et, recouverts de leurs traductions multiples, se font vestiges des violences coloniales.
En puisant dans les résidus de la perte pour en ériger une forme expérimentale, intime et poétique, Nouria Behloul aboutit à un véritable objet de recherche-création sensible et politique, hanté par les traces émotionnelles que laisse derrière elle l’Histoire.

