Où commence l’extraterrestre ?

Critique | El anorak rojo de Adolpho Arrietta | Compétition, FID 2026

D’errances et d’illusions, cette nouvelle promenade dans les fantasmagories devenues si rares d’Adolpho Arrietta débute en voiture. Caméra passagère, un homme au volant comme un double et une femme à côté, un duo. Par le véhicule roulant, des souvenirs puis des images – mouvant·es – ou des souvenirs comme sources fondamentales des imageries. Toutes contiennent un son libéré de son emprise visuelle ; ce sont des matières affranchies, émancipées de toutes autorités académiques. Car les oracles, pour Arrietta, sont de l’Art, du cinéma et, ici, le sien ; une véritable synthèse. Voilà l’anorak rouge. Un vêtement qui revient des tréfonds de la mémoire pour un nouveau vagabondage intérieur, pour l’entièreté de sa filmographie. Le rouge écarlate des pompiers ; la lampe de poche comme cercle lumineux d’une salle obscure ; l’écho des reflets de Flammes ; un cinéma qui diffuse Pointilly. Et nos lucarnes en belles dormantes. Toute une œuvre comme une seule et unique folie intérieure. Maints mondes vivants qui ne peuvent se voir qu’à travers un écran, une petite stimulation de poussières qui passent au-dessus de nos têtes, de nos sièges. Des poussières donc, et des histoires de grains, de rêves, de toute une plasticité de ce qui, hors cet art, n’est pas tangible. Des lumières chimériques. Une pleine lune qui devient une pièce de monnaie irlandaise ; et l’indication « EIRE » qui se métamorphose en une langue natale : « é iré » ; des signes partout, à chaque plan et, donc, à chaque souvenir. Des inventions du monde ou le monde lui-même comme un long songe ; le prolongement d’un rêve comme écrivait Daney pour exprimer le cinéma du cinéaste. Si le sommeil est de la vie, pourquoi la vie ne pourrait-elle pas être du rêve ? El anorak rojo est cette mosaïque hypothétique et étendue d’une impossible chronologie des songes – autrement dit, nulles preuves à nos axiomes, puisque nulles preuves de nos existences hors d’un grand rêve. Ainsi, le terrestre ne pourra être qu’extraterrestre, tel l’extérieur n’est finalement toujours qu’un vague qualificatif de nos perspectives intérieures. Le grand cinéma de la vie dans le petit écran de nos mémoires.