Caméscope, mode d’emploi

Critique | Journal du futur de Agathe Bonitzer | Compétition, FID 2026

À l’hiver 2004, Agathe Bonitzer, du haut de ses quinze ans, peut enfin filmer, rester assez longtemps sans bouger, et apprendre à couper sur les pas de sa mère Sophie ​​Fillières. Caméscope à la main, elle remplit sur deux années une douzaine de cassettes, l’équivalent de près de quatorze heures de rushes qu’elle reprend alors vingt ans plus tard pour son Journal du futur. Avec l’aide de son monteur Clément Pinteaux, la filmeuse propose une matière qui semble brute, presque inaltérée, à la poursuite de ces traces chronologiques proches du monté-tourné. 

Cela sera avant tout le journal d’une jeune fille, de ses états et passe-temps, de ses amitiés au début des années 2000. Une nostalgie heureuse qui baumera le temps de son récit nos coeurs adolescents. En Bretagne, Agathe, Fanny et Marine s’interrogent et chantent sur la base de pacotilles, d’histoires imaginées d’amours et d’éclats de langage, s’auto-documentent à tour de rôle. La caméra circule entre leurs mains et leurs rires faisant l’état des lieux d’une certaine jeunesse bourgeoise sur des airs de nouvelle vague. En bande, elles font les 400 coups, se font actrices, présentatrices, journalistes. De retour à Paris, elles capturent, sur le mode de l’adresse ou du micro-trottoir (bientôt symptômes répandus des vidéos et blogs Internet), la ville et ses habitant·es, leur quotidien, déployant les capacités du médium.

Par ce collage d’archives personnelles, Bonitzer rembobine farfouillant sa mémoire aux amorces du digital. Le journal, intime, s’écrit en images et se figure en mots. La vie file en cursives déployant son insoutenable légèreté.