Critique | Eruption de Pete Ohs | 2026
Dans une atmosphère sans lune, les volcans, doucement, entrent en éruption, faisant s’abattre une explosion de couleurs languissantes — rouge, violet, bleu, orange, rose — sur Varsovie, à l’instant même où résonnent dans la ville les roues de la valise de Bethany (Charli XCX) et de son compagnon (Will Madden). Sur flûte et orgue, les pigeons arpentent les trottoirs auprès des cyclistes et autres passants, là où se dépose une voix-off qui accompagnera éparsement l’affabulation. Les tintements annoncent l’immobilisation du ciel et de l’espace-temps provoquée par les cendres alors suspendues ; poussières incandescentes signalant les retrouvailles imminentes de Nel (Lena Góra) et Bethany, alors bloquée ici comme sa première fois des années auparavant.
Les éruptions, comme des signes en dehors de soi, d’elles, rythment leur relation depuis toujours. C’est ainsi. À chaque renouement, un volcan s’active, les particules électriques s’agitent. L’avènement de cette reconnexion magnétique instaure une destruction de tout pour une concentration nucléaire. La vie s’emporte et s’immisce au fil des décadrages, des reflets et des rencontres, hors de toutes conséquences, les volcans comme seuls responsables. Au creux de la lave, enveloppant leurs nuits pleines de poèmes, se consolide l’image mystique de leur lien. Ce récit nostalgique qui reste malgré tout, gardé comme une croyance au plus proche de leurs êtres multiples, presque insaisissables. Une solitude entière pour des apaisements collectifs et des errances partagées.
À travers Eruption, Pete Ohs regarde Varsovie, recueille en son sein des âmes qui composent seules et ensemble, au milieu de délicates maladresses techniques. La narration se déploie placidement le long des rues, des ponts et des routes, dans le métro, le bus, les vitres du tramway, sous les arbres ou encore au musée, permettant aux différents espaces de régir l’éclat des histoires communes et l’entièreté des personnages qui s’y logent, alors que les matins viennent et s’en vont, à la poursuite de leur existence.
« It’s always a dream with you. Until the next Eruption »
Eruption de Pete Ohs, au cinéma le 24 juin 2026

