Le creux des vagues

Critique | In Waves de Phuong Mai Nguyen | Semaine de la Critique 2026

À l’image des tortues rejoignant la mer, un groupe de femmes s’avance à son tour. En noir et blanc croisé sépia, leurs gestes synchrones s’harmonisent avec les chants polynésiens. Des pétales en rituel pour faire se lever les vagues. In Waves débute sur une poésie du passé, navigue entre plusieurs temporalités pour finalement se raccrocher à un présent fort contrasté en couleurs : celui d’AJ, narrateur (et auteur de la bande-dessinée éponyme) qui plonge dans ses souvenirs et fait mémoire.

Sa rencontre avec Kristen est le point de départ. Une mise en contexte par une surcharge visuelle et musicale où tout défile trop vite. Un foisonnement de l’amour adolescent goût teen movie, avec un enchaînement de situations qui débloquent sans cesse la scène suivante, manière cinématique, et met en place la relation : la fête, la rencontre, le coup de foudre, la prise de contact, la peur, la réponse, l’excitation, les échanges de messages, l’attente, le premier baiser. De ces mises en tension, une recherche de dramatisation peu efficace, voire inutile, et au milieu de tout ça, le surf, dont l’histoire coloniale tente de surgir par bribes sans jamais réellement trouver sa place. Des indices qui s’évanouissent aussitôt, et in fine des récits qui peinent à s’accorder.

L’apaisement se déploie après ce dense déroulé thématique, pour entrer, enfin, dans le cœur de l’histoire : les alliages remplacent la planche. Appareillée de sa jambe métallique, Kristen se fait cyber-surfeuse, tente de faire cohabiter la joie avec la chimiothérapie. L’animation poursuit le dessin et fait s’échapper les traits du crayon. L’écorce des troncs se déforme, ondule avec l’univers sonore au creux d’une valse sensorielle au plus près des gouttes, de pluie, des vagues. Les amitiés se consolident au travers des écrans de téléphones eux-mêmes discrétisés par les coups de pinceaux numériques. Les motifs se tissent en un réseau puissamment multimodal où réside une cohérence formelle, quelque part entre les compositions graphiques, technologiques, prothétiques.

De toutes ces couches, les sensations des corps face aux émotions qu’ils traversent baignent dans l’eau comme dans les machines. Et, toujours, le retour d’une accalmie. Une simplicité, manquant de frictions, mais de cette tonalité candide s’ouvre une brèche, un baume au cœur. L’oscillation d’un réalisme peu matériel laissant tout de même glisser d’autres vibrations.

In Waves de Phuong Mai Nguyen, au cinéma le 1er juillet 2026