No Home Stories

Critique | Home Stories d’Eva Trobisch | 2026

Dans Home Stories, Eva Trobisch filme une famille dont les membres se croisent ou s’évitent, sans parvenir à occuper un espace en commun. Une adolescente participant à une émission de téléréalité musicale, des parents divorcés dont la proximité n’efface pas les colères, une tante adulée, un cousin sortant avec la meilleure amie, des grands-parents bavards : le film accumule les présences et lignes narratives pour dresser le portrait d’un ensemble pourtant incapable de faire corps.

À travers une crise familiale, c’est l’impossibilité d’une cohésion. Les personnages semblent condamnés à graviter les uns autour des autres : chacun parle depuis son propre territoire affectif, personne ne tente réellement d’entrer en relation, les mots arrivent à côté, en-deçà ; leur langage, et donc leur expérience, étant impossible à partager. Les traces politico-historiques germaniques composent un arrière-plan faisant volontairement écho à l’état des relations intra-familiales.

La structure chorale renforce alors cette idée de fragmentation. La multiplication des points de vue et la simultanéité des récits produisent d’abord une impression de richesse. Il est vrai, Trobisch saisit avec justesse la manière dont une famille est toujours composée de temporalités concurrentes et de désirs incompatibles. Toujours est-il, à force de vouloir embrasser tous les personnages, tous les conflits — historiques comme contemporains — et toutes les sensibilités, le film s’éparpille et ne s’arrête jamais assez longtemps auprès de l’un d’entre eux pour voir ce que cache ces creux pourtant bouillonnants. Les situations apparaissent, peinent à se développer, pour ensuite laisser place à d’autres ; circulent constamment sans trouver de point d’ancrage.

Une diversion accentuée par des plans souvent trop courts et saccadés. On passe d’un visage à un autre, d’une conversation à l’autre, d’un lieu l’autre, sans que le regard ne se pose. Pourtant, les décors ont particulièrement été bien choisis : la somptueuse forêt de Thuringe, les bâtiments hérités de l’histoire est-allemande, le vieil hôtel, le château rénové, les écuries ou même la petite salle de répétition du théâtre, tous ces lieux possèdent une présence remarquable, mais autant inaccessibles que les personnages. Reste alors la frustration d’un film qui enregistre minutieusement les symptômes de la distance sans parvenir à nous en faire éprouver la blessure. Entre l’ambition de son regard et la profondeur de son exploration réside un écart insondé, où sans doute l’équilibre et l’harmonie de cette chorale demeurent.

Home Stories d’Eva Trobisch, au cinéma le 29 juillet 2026.