Tourner en rond

Critique | The Drama de Kristoffer Borgli | 2026

En colimaçon, l’oreille droite d’Emma (Zendaya), dans le silence, ouvre The Drama, guettée par le regard circulaire et saccadé de Charlie (Robert Pattinson) qui tombe instantanément sous son charme. Encore sans drame, si ce n’est cette impression d’un remake de la Bella’s Scent Scene dans Twilight (2008), ou celui qui pousse au mensonge pour provoquer la rencontre, c’est sur une Blessure que débute leur relation, un quiproquo, et pour le déjouer, un recommencement. Et rebelote, tout au long du film, cela sera l’amour ou l’aveu à en avoir mal à la poitrine, s’engager pour le risotto aux champignons, et à défaut de traditionnellement jeter le riz, le régurgiter avec les crasses du passé.

D’un montage cherchant la drôlerie, Kristoffer Borgli reste pourtant (et sans surprise) dans les clous avec la fabrique d’une complicité artificielle s’agençant par l’accumulation de comique de gestes, de mots, de situations qui frôlent le ridicule, et finit même par lasser les émétophiles. La répétition goût sang du smoothie au couteau au tympan aux noces pourpres, jusqu’à convoquer Freud sur l’oreiller et le fantasme des morts, se perd dans un faux dilemme moral : que faire lorsque l’on s’apprête à épouser une personne qui a failli commettre une fusillade de masse à ses 15 ans, et surtout lorsque le secret vient d’être révélé hors de la sphère du couple ? Faire bonne figure et considérer le cancel, valider le ressenti de la demoiselle d’honneur (Alana Haim), figure états-unienne offusquée des conséquences des structures que son pays a lui-même mis en place, sans les voir, alors qu’elle-même avoue quelques minutes plus tôt, avec toute relativité, avoir failli tuer un enfant ?

Charlie, en bon Anglais, bien qu’il se laisse contaminer par son environnement, essaye de comprendre. Alors s’enchaînent des questionnements comme des interrogatoires, entremêlés de flashs paranoïaques à la recherche de signes prémonitoires, et d’autres tentatives psychologisantes, similaires à des spots de prévention à l’image d’une culture dite Américaine (et quoi de plus états-uniens que de se proclamer l’Amérique entière ?). Parfois, il n’y a rien à décortiquer, seulement l’envie de reproduire une image. Se nicher dans les pixels en envoyant le monde entier se faire foutre ou encore tromper sa femme avec sa secrétaire. 

Kristoffer Borgli esquisse quelques sourires momentanément divertis (le dispositif en est memesque), certes, mais, en contournant les structures, le cinéaste brasse du vide et oublie la sensibilité de son époque. La volonté de changer est-elle possible ? Par quels moyens ? En tout cas le cinéma de Borgli ne change pas, alors, recommencer ou savoir s’arrêter ?

The Drama de Kristoffer Borgli, au cinéma le 1er avril 2026