Éditôt | Festival de Cannes 2026 – Jour 1
Lors de la première journée de présentation des films qui composent la Compétition de la 79e édition du Festival de Cannes, Quelques jours à Nagi de Kōji Fukada et La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet cristallisent deux lignes de force qui semblent traverser l’ensemble de cette sélection. D’une part, des cinéastes habitués de la Croisette, à l’aise dans leurs pantoufles cannoises, et dont la redondance de l’œuvre ne semble poser aucun problème à une nouvelle invitation de la part de l’officielle (Fukada passant de Cannes Première à la Compétition entre l’année dernière et aujourd’hui — la qualité du film est plus qu’annexe dans ce transfert). Leurs œuvres produisent peu d’effets, leur nom suffit : ce sont ces films qui donnent tout le sens de l’appellation « cru cannois ». Il reste encore à découvrir les films de Pedro Almodóvar, Asghar Farhadi, James Gray, Hirokazu Kore-eda, Andreï Zviaguintsev et Cristian Mungiu pour espérer voir cette tendance s’inverser, sans grand espoir de notre côté. Et d’autre part, de « jeunes » cinéastes souvent primo-accédant aux faveurs de la Compétition, à l’image de Charline Bourgeois-Tacquet, et dont la sélection pourrait au contraire laisser imaginer que leur œuvre soit parvenue à une forme ample, grande ou maximale tant attendue. En ce sens, les films de Javier Ambrossi et Javier Calvo, Valeska Grisebach, Arthur Harari, Marie Kreutzer, Emmanuel Marre, Léa Mysius et Na Hong-jin concentrent tous nos espoirs.
Notre enthousiasme débordant pour La vie d’une femme, qui à première vue semble plutôt isolé dans la cinéphilie cannoise, laisse aussi à penser que les plus grands émois viendront de cette deuxième catégorie. En ajoutant Lukas Dhont et Jeanne Herry (dont nous rejetons le travail depuis plusieurs films…), on peut observer dans cette deuxième voie de la Compétition un pari risqué de la part du plus grand festival de cinéma au monde. Après avoir tant critiqué l’absence d’une conséquente délégation hollywoodienne sur les rives de la Croisette, Thierry Frémaux et son équipe ont choisi de faire de la sélection la plus scrutée un lieu à haut potentiel révélateur, et dont le résultat se vérifiera durant l’année à venir au fil des cérémonies de récompenses françaises et européennes, avec les Oscars en ligne de mire. Deux palmes d’or en ont récemment gagné (Anatomie d’une chute et Anora), et cet horizon semble inéluctable à la survie du Festival tel qu’il est aujourd’hui. Derrière la perspective comptabiliste de ce paragraphe, il faut donc apprécier la véritable excitation qui accompagne la découverte de la Compétition cette année. Osons les mots forts (c’est notre premier édito après tout…) : le niveau des films pourrait bien changer la face du Festival pour les années à venir, d’autant plus si la direction venait à changer dans les prochaines années.
Et maintenant qu’on a écrit ça, que fait-on des vétérans ? Parce qu’ils ne sont pas tous arrivés ici par hasard, parce que les plus teigneux d’entre eux pourront aussi nous surprendre (Wes Anderson les années précédentes), nous irons les voir, les discuter et les critiquer au cas par cas. Un film après l’autre, et tous disponibles dans notre gazette quotidienne. Pour vous servir.

