Tu disparais comme une poussière d’or

Article | Exposition Cinémathèque | Marilyn Monroe

Comment (re)voir la star Marilyn Monroe pour fêter le centenaire de sa naissance ? Pour la Cinémathèque Française, cela doit en passer par la démonstration de la fabrication de l’icône. Dans l’exposition située en son cinquième étage, cela commence par un pas de côté : ne pas montrer la célèbre photo de la robe blanche soulevée par le souffle de la bouche de métro dans Sept ans de réflexion (1955), mais dévoiler dans un agrandissement monumental les photoreporters invités par les studios de la Fox, alignés comme un banc de poissons carnassiers. L’image, nous l’avons déjà, et eux ne vont pas tarder à l’immortaliser, un presque déjà-là

De ce premier contrechamp, la Cinémathèque déroule consciencieusement les différentes strates d’iconisations de la femme-cinéma, de la pin-up des débuts à l’Actor’s Studio de la seconde partie de sa carrière. La maxime « Célébrer la star, exposer l’actrice » de la commissaire de l’exposition Florence Tissot prend ici une allure franchement muséale, exposée à coups de photos, matériel promotionnel et publicités d’époques, notes des studios, extraits de journaux, robes et autres accessoires de toutes les couleurs du Technicolor, et bien entendu extraits de films cultes pour décortiquer le jeu de Monroe. Le parcours est le même qu’à l’accoutumée lorsqu’il s’agit d’une exposition portraitiste à la Cinémathèque : quelques passages sur les débuts, puis viennent les films (Les Hommes préfèrent les blondes, Les Désaxés), époques clés (New York et l’Actor’s Studio), et enfin un épilogue sur les traces laissées dans la pop culture. Et comme à chaque exposition à la Cinémathèque, il y a une salle star : Cameron avait celle sur Titanic (1999), Welles celle sur Citizen Kane (1941), et Wes Anderson avait Asteroid City (2023). Pour Marilyn Monroe, le point de chute sera Niagara (1953), salle toute de rose vêtue, où les célèbres impressions de Warhol côtoient le N°5 de Chanel, la double page du numéro de novembre 1953 de Playboy (qui révèle une photo de nue faite quelques années auparavant), et l’actrice en majesté, chantant Kiss pour l’éternité. 

« Les institutions exposent la quintessence de la création, [… elles] nous présentent l’œuvre lavée et parée. » écrit Hélène Giannecchini dans son introduction à Une image peut-être vraie. Alix Cléo Roubaud (Points Récit, 2026), et c’est à la fois la force et la faiblesse de cette exposition. Si la mise en perspective de ce qui fut le phénomène Monroe dans la société américaine aux différentes étapes de sa vie est réussie, celle sur l’après Monroe est beaucoup moins pertinente. La toute dernière partie consacrée à la récupération de l’imagerie de cinéma générée par de nouvelles générations est assez pauvre, et semble comporter des oublis : il est effectivement pertinent de revoir Material Girl (1984) de Madonna (même si on aurait pu se passer de l’autre citation du film Bird of Prey), mais il est étonnant aussi de ne pas entendre parler du Blonde de Joyce Carol Oates (2000) ou de Hollywood Menteur de Luz (2019), alors que les planches de BD auraient eu toute leurs places dans la salle des Désaxés. Si l’exposition ici dévoile beaucoup de la fabrication, il ne perce jamais le mystère quant à l’actrice la plus photographiée et auscultée de tous les temps. Fêter le centenaire d’une icône, c’est effectivement réjouissant, surtout dans une perspective de décadrement, mais faut-il encore embrasser la totalité de ce siècle.

Exposition Marilyn Monroe (© Cinémathèque Française)

Exposition Marilyn Monroe à découvrir jusqu’au 26 juillet 2026