Le bon moment

Critique | Soirée de l’ACID

19h17 — Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Cannes est le lieu d’une intense inversion des pôles : je me couche tard, je me lève tôt, la fatigue est un sentiment vague et lointain — je suis trop fatigué pour ressentir de la fatigue ou m’en plaindre.

21h41 — Je repars pour la villa. Je pensais avoir le temps d’une douche et d’une sieste, impossible de faire les deux. La société choisit pour moi : je serai fatigué, mais je serai propre. On m’annonce que le Uber partira à 22h15. J’espère avoir le temps de me sécher les cheveux pour ne pas attraper un rhume.

22h03 — J’ai eu l’idée de mon éditôt sous la douche. Heureusement pour moi, mon rédac-chef est en retard sur son montage, on partira à 22h20 (mais ce ne sera pas de ma faute !). Tensions dans la villa, plénitude dans ma tête.

22h23 — Dans le taxi, je griffonne mon texte sur le téléphone. Le manque de sommeil réveillerait-il le génie en moi ? Je pense que c’est surtout le manque de temps qui me pousse dans mes retranchements.

22h57 — On est dans la queue de la soirée pour l’ACID. Askip, c’est pour le film Blaise. Jamais entendu parler ??? Je suis DÉGOÛTÉ : on est parmi les 100 premiers. On rate sa soirée cannoise si on fait partie du troupeau qui remplit les plages pour que d’autres réussissent leur soirée mieux que nous. Je repense à Guillaume Dustan. Il savait y faire, lui.

23h04 — PUTAIN mais c’est pas possible ! La première personne que je reconnais, c’est mon ex-moitié. Elle travaille dans la comm’ et me tient la jambe pendant que je cherche à commander une bière. En plus, elle n’a même pas de places pour la soirée de demain sur le film dont elle s’occupe.

23h47 — Le DJ joue The Adults Are Talking des Strokes. Je rejoins le dancefloor à la première note du morceau, et tombe nez à nez avec ma meuf. D’un regard silencieux et complice, on se met d’accord. On va au milieu de la piste pour se rouler des pelles. C’est génial, je retrouve ma bonne humeur. Dommage que la soirée soit ACID plutôt qu’acide. Je m’en remettrai. Enfin, j’espère.

00h10 — J’ai goûté tous les cocktails du stand du fond. Ce n’est pas de ma faute : il y en avait sept ou huit de différents… Ça pique dans la gorge et en même temps un reste de chantilly m’anesthésie. Je commence à somfezbrhzr $^?8

00h14 — C’est une DIN-GUE-RIE. Au milieu du dancefloor, je ne vois aucune star et que des badges Cannes 3 jours… C’est juste la honte. Aucun partage en story, c’est auprès de moi que les gens viennent gratter… Gratteur gratté, l’effet d’un poil à gratter.

01h02 — Je pète les plombs. Le daron prend toute la place sur la piste et arrête pas de demander au DJ de passer les Pixies, gâchant chaque drop et mon petit plaisir de kiffeur. Il a même proposé un verre déjà servi à deux jeunes filles. Boomer.

01h39 — Les bus et les taxis se sont donnés le mot pour ne pas nous descendre. C’est bien la peine d’avoir inventé l’essence.

2H07 — Rah putain, faut que j’écrive mon texte Club Kid… Et l’autre qui ronfle dans la chambre… Je peux pas aller chercher mon ordinateur… MERDE

Nous ne savons pas encore avec combien de grammes d’alcool dans le sang, mais demain nous irons au cinéma.

Remerciements à Thomas Gallon