Joyeux anniversaire Tsounami !

Éditôt | Festival de Cannes 2026 – Mercredi 20 mai

Aujourd’hui, ce jeudi 21 mai 2026, Tsounami fête ses cinq ans. L’anecdote dit déjà tout de nous : qui lance une revue de cinéma au milieu du Festival de Cannes !? En vérité, nous avons créé Tsounami l’année où le Festival de Cannes s’est déroulé en juillet en raison du Covid… mais quand même.

Alors aujourd’hui, qui n’est pas un jour comme les autres (on n’a pas cinq ans tous les quatre matins !), ce sera l’édito des émotions. Un plaisir de rédacteur en chef qui se savoure d’abord par la rareté du geste, la pudeur de sentiments authentiquement mielleux. Hier soir, je demande à l’équipe de répondre à une question simple :

Qu’avez-vous appris ou découvert de précieux grâce à Tsounami ?

Ils et elles ont douze heures pour me répondre, et 1 500 caractères maximum. Quelque chose de simple, qui va droit au cœur. Pourquoi Tsounami est la meilleure revue de cinéma de tous les temps ? Parce que les larmes pointent à chaque réponse ; parce qu’elles font souvent deux, trois, quatre fois le calibrage demandé ; parce qu’elles sont arrivées en retard, sur le fil ou jamais ; parce que toutes les découvertes recensées font appel à un même champ lexical — le vocabulaire que nous avons imposé collectivement pour parler en notre nom du cinéma, au point d’en faire une véritable ligne éditoriale.

Nous ferons les comptes plus tard (jamais). Et en attendant ce jour, on découvre les réponses anonymisées des copaines. Pour se rappeler que c’est cela, le plus important : vivre et avoir vécu toutes ces choses ensemble, un jour après l’autre.

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«  Lettre à Tsounami,

cher toi, 

chèrxs vous,

5 ans que tu grandis, t’immisces dans les vies et les coeurs, va à la rencontre du monde. Tu oscilles, tu mues, dans l’élan des tentatives et de tes envies. Avec toi, tu nous emportes. Dans tes obsessions, dans ton regard toujours multiple. 

À mon tour je saute dans la vague, découvre l’envie et la confiance de déployer ma pensée dans une écriture poétique, libre, en cours. Un entremêlement texte-corps-image qui se laisse contaminer dans cette composition, en collectif. À tes côtés, je me rapproche de mon Moi, traversée par la lumière et les pixels qui percent ma rétine. 

Déferlent les ondulations de tes gouttelettes infinies dans le creux de mes mains. Je les recueille précieusement, fais ricocher les frictions pour mieux grandir ensemble.

(Merci les tsounami•es <3.) »

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Cinq ans d’existence, presque un sixième de la mienne. Une relation pourtant toujours à distance, parfois presque un peu lointaine ; un enfant que j’ai regardé grandir avec attention sans pouvoir le voir tout le temps, comme un oncle complice. Un enfant qui grandit, ça fait grandir aussi. 

Parmi ces nombreux apprentissages, des évidences : celui de l’écriture, celui de l’affinement du regard. Heureusement pour une revue critique ! Avec le temps, les goûts se sont précisés, accompagnés par le formidable appétit des camarades et leur manière de commenter ce qu’on leur sert. On ne deviendra peut-être jamais le plus grand des gastronomes mais on apprend petit à petit à parler de ce qu’on aime comme personne ne le ferait : si je devais retenir une chose de ce que m’a apporté Tsounami au-delà de formidables rencontres, ce serait peut être cette très immodeste fierté de pouvoir, parfois, lire sur un film ailleurs et me dire « Tiens, on en a mieux parlé » …

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Ce que j’ai découvert de précieux grâce à Tsounami, c’est cette belle idée qu’ « Ecrire sur le cinéma, c’est déjà faire du cinéma », une phrase qu’avait prononcé Thierry de Peretti dans son Book Club sur France Culture, et qui m’obsède beaucoup. Ecrire depuis trois ans dans la Revue Tsounami m’a fait grandir, repenser fondamentalement ma pensée du cinéma et de ma cinéphilie, tout en en préservant la base qui m’a construite. Je ne filme plus de la même manière qu’il y a trois ans, ma pensée critique s’est développé, et j’aime l’idée que ma cinéphilie contienne désormais un bout de toute l’équipe de Tsounami, et que l’on parcourt un bon bout de notre chemin tous ensemble.

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Tsounami m’accompagne depuis 5 ans. Des bancs de l’université en philosophie où un hurluberlu m’a proposé d’écrire n’importe quoi en rapport avec le cinéma, je n’ai eu de cesse – avec quelques intermittences – d’écrire n’importe quoi. N’importe quoi, mais toujours un peu mieux, du moins on essaye, on se trompe, on avance. L’effet le plus immédiat, je crois, a été la socialisation plus approfondie de mon parcours cinéphilique et, avec, l’investissement, par l’écrit, du cinéma comme espace de pensée. On ne pense jamais rien, on ne pense jamais vraiment, si on ne l’écrit pas : on pense d’autant mieux si on l’écrit collectivement ou, au moins, sous le regard du collectif. Cette exigence, d’abord tâtonnante, jamais parfaitement réalisée évidemment, s’est toujours esquissée comme un chemin d’intelligence, de compréhension et d’empathie, d’amitié. C’est ainsi que, tous très différents, des individus aux vies, goûts et styles si variés, voire opposés, nous avons formé une rédaction dont la bigarrure est à l’image de ce qu’il y a de beau dans le monde et dans l’expression humaine la plus intense de celui-ci : l’art. L’aventure d’une rédaction, c’est les hauts et bas, c’est un brin enfantin, et plein de contradictions : à la fin, qui sera la plus tardive possible, on dira malgré tout que cela fut beau. C’est ma joie et ma fierté ; quand je doute de mon avenir, je sais que mon plan A reste d’écrire, d’écrire encore et encore, et surtout, dans les pages de cette rédaction qui a fait, et fait encore, l’homme que je ne cesse de devenir.

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Tsounami m’a appris l’art d’aimer. Le cinéma, les plans de dos, les copains et les nuggets. La vie, quoi.

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D’abord, à voir ma boîte mail comme un espace de bonheur. On avait qu’un compte Insta et une adresse mail pour rêver, et on l’a fait. Toujours cette même question cardinale : que peut-on faire d’encore plus fou, d’encore plus inespéré, d’encore plus drôle, d’encore plus con, avec ces deux petits outils ? Résultat des comptes : des rencontres dont on n’aurait jamais osé rêver ce fameux 21 mai 2021.

Ensuite, dans la prolongation de cette première réponse, à voir le cinéma comme un espace de joie. Je pense que notre plus belle réussite, qui ne peut qu’être une réponse individuelle sans vocation extensible, c’est d’avoir proposé de redéfinir la cinéphilie autrement, à notre manière. On la désire plus inclusive, on est souvent maladroits, et on s’engueule beaucoup pour essayer d’être de meilleures personnes. On a substitué une famille biologique à cette nouvelle famille de cinéma, elle est très violente, mais elle m’a troqué à l’infini ces angoisses par des heures de rire, de joie, d’amour et de fierté. Et quand je pense à chacun de mes tsouna-copaines aujourd’hui, je ne peux que me les remémorer avec tendresse.

Je ne sais toujours pas si je suis cinéphile aujourd’hui, et si je veux que le cinéma ait cette place dans ma vie entière. Mais Tsounami, oui.

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C’est curieux, j’ai écrit mon premier texte pour Tsounami lors de mon premier Festival de Cannes, en mai 2023. J’avais pris un café avec Grégoire et Faezeh juste en face du palais des festivals. Grégoire qui couvrait le festival à travers un « journal de bord » m’avait proposé d’écrire sur Fermer les yeux de Víctor Erice que j’avais tant aimé, et qu’il n’avait que peu apprécié (Grégoire, quoi…). 

Quand je pense à Tsounami, j’ai peur d’exagérer. J’ai peur de dire que la revue a changé ma vie, et ça ne serait pas entièrement vrai. Une chose est sûre, Tsounami a apporté de l’épaisseur à mon existence. Faire de la critique (à et pour Tsounami), c’est constamment (se) remettre en cause. Au départ, dès que je publiais un texte sur le drive (pour être relu), j’avais la sensation d’être à poil à Gare du Nord en heure de pointe. En « livrant » un texte, je me livrais. 

Ce que j’ai toujours trouvé précieux avec Tsounami, c’est la qualité des retours de chacun·e. La priorité, c’est le texte. Rien n’est ad hominem. L’objectif est de rendre le meilleur texte possible, et parfois, ça implique de suer, de se torturer, d’être poussé dans ses retranchements intellectuels et critiques. 

Tsounami, c’est une revue qui a transformé mes gouttes de sueur en gouttes d’or. Et pour cela, je serai à jamais reconnaissant. Merci Grégoire, merci Nicolas, et merci à tous les compagnons de route !

Joyeux anniversaire Tsounami !

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Au-delà d’un point très personnel où Tsounami m’a tout simplement permis de trouver de la joie dans l’écriture critique, le ravissement d’en être réside entièrement dans la sensation d’une grande famille que l’on tente d’améliorer, mais surtout que l’on voit grandir, évoluer et se glisser parmi les plus belles structures collectives et cinéphiles. Je suis heureux et fier de pouvoir dire et me dire : j’en suis.

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Que le cinéma est encore plus grand lorsque qu’il se vit à plusieurs car il aiguise et rajeunit l’esprit qui évite de s’embourber dans ses vieux poncifs. L’existence des guillemets français aussi.

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Il est de ces troupes qui deviennent le médium de votre vie. Non pas tant qu’elles permettent de tisser une pensée — même si elles permettent de tisser une pensée —qu’elles deviennent le fil narratif de nos journées. Poser ses vacances administratives pour partir en vadrouille, ensemble, à la rencontre du cinéma. Passer des après-midi à se faire des plans sur la rétine, écrire, relire des plumes qui constituent l’aile lyrique de l’oiseau bleu. Tsounami m’a appris l’autre. Il m’appris que ma solitude ne se savoure que soutenue par les colonnes d’une maison collective, d’une chambre à nous. Nous sommes notre propre remède contre le vague-à-l’âme.

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J’ai découvert grâce à Tsounami une façon plus libre et plus joyeuse de parler du cinéma. Un endroit où l’on peut écrire à partir de ce qu’un film nous fait ressentir, sans avoir peur d’être sensible, personnelle ou émue. J’y ai compris que la critique pouvait aussi passer par les sensations, les souvenirs, les émotions, et pas seulement par l’analyse.
La revue m’a aussi permise de rencontrer des artistes, auteur·ices, acteur·ices et d’échanger avec elleux de manière simple. Entendre leurs doutes, leurs envies ou leur manière de créer a beaucoup nourri mon regard sur les films et mon envie d’écrire. J’y ai trouvé une vraie liberté de ton, la possibilité de défendre des œuvres qui me touchent et de partager cela avec d’autres lecteur·ices. Ça m’a donné confiance en mon écriture, et dans l’idée que le cinéma peut créer du lien, des discussions et des émotions communes.

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Quatre ou cinq fois que je réécris ce que je tape. Pas de bonne réponse. Ce que j’ai appris, trop grand. Les films évidemment, les voir, les écrire, les aimer. Moi aussi l’altérité, des copines et des copains. 1500 signes impossibles en voici quelques uns sur la vie.

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Quoi de mieux que de se rendre compte du chemin parcouru, de faire le point et le bilan, au festival de Cannes, réunis, pour une bonne partie, ensemble ? La solidarité, l’échange, l’écoute de nos individualités propres, sans effacement ni jugement, voilà ce qui a de plus précieux au sein de notre groupe d’amis cinéphiles (plus qu’une simple revue donc !). Nous sommes soudés par une passion commune, qui transcende les simples obligations et devoirs. L’amitié, toujours, restera.

Parasite de Bong Joon-ho (© Jokers Films)