Macron explosion

Critique | Sanguine de Marion Le Corroller | Séance de minuit

Faire un bon film de genre tient à très peu de choses : les libertés qu’offrent sa piètre facture permettent généralement de s’aventurer dans d’originaux sentiers. Mais nous observons depuis la Palme d’or de Titane (2021) le grand n’importe quoi de son devenir : The Substance germait déjà l’idée d’un film fouilli vaguement féministe mais surtout capitaliste et mysogine (doutant moins de la mise en compétition des femmes qui se partagent un corps plutôt que de leur solidarité). Sanguine rêverait d’être l’héritier de Julia Ducournau et Coralie Fargeat, géniales mères d’un nouveau cinéma français détonnant. Mais Marion Le Corroller n’a ni le talent de la première, ni le jusqu’au-boutisme de la seconde (c’était déjà ça) : en suivant la vie de Margot (Mara Taquin), nouvelle interne aux urgences sous la responsabilité d’une terrifiante cheffe de service (Karine Viard), le film explore les vagues effets d’un pseudo-syndrome touchant uniquement les jeunes lorsqu’ils sont soumis à une forte pression dans un cadre professionnel.

Parasite

Ici, la dictature d’un mauvais scénario semble uniquement diriger le film de genre en milieu clinique dans ses angles morts : cette maladie nouvelle causerait dans un premier temps une sur-productivité au travail, avant de pousser la personne contagieuse au meurtre ou au suicide, comme en atteste le gag grinçant de la première séquence dans laquelle un employé de fast-food tue brutalement un client récalcitrant. Sanguine est donc pro-MEDEF dans un premier temps, avant de muter en hymne à la défaite et au suicide, en cherchant à se rattraper par une séquence conclusive ridicule supposée critiquer le capitalisme en inversant les rôles des recruteurs et des candidat·es aux postes (ceux-ci demandant pour une fois des garanties aux employeureuses). C’est dire la désertion du film de genre de ses traditionnelles quêtes de nouveaux imaginaires et utopies.

Autrement problématique, le film n’a jamais la radicalité gore de films comparables extrémistes. Un comble pour une séance cannoise de minuit ! Ici, le syndrome prend la forme de plaques de boutons et d’une sorte d’eczéma recouvrant la peau des jeunes victimes. On voit immédiatement, surtout, les zones de maquillage, au point de découvrir une certaine poésie « gore satisfaisante » (contre son gré) du corps faussement mal-traité : la peau attaquée ressemble à une sorte de pâte à pizza lorsqu’on lui retire sa garniture, c’en serait presque mignon..? Dans une autre voie que le film n’explore pas (le genre du film paranoïaque), Sanguine aurait pu être un grand film du contemporain, brassant complotisme, hypocondrie et nouveaux modes de communication. Mais dans sa vision datée de la jeunesse, Marion Le Corroller présente une jeune femme issue d’un milieu populaire en concurrence (forcément) avec sa collègue issue d’une famille de médecins (Kim Higelin) et son camarade/plan d’un soir à peine sorti d’un burn-out (Sami Outalbali). Étrange pour un milieu en crise particulièrement poussé à se serrer les coudes, notamment contre leur patronne diabolique. Dommage pour la vision genrée qui en ressort : Margot n’ose pas montrer ses symptômes à sa camarade avec qui elle semble entretenir une première relation lesbienne, là où, évidemment, tout se passe bien avec le garçon sous la douche. Film inconséquent, Sanguine déçoit d’autant plus qu’il promeut un message explicitement néolibéral, alors que tous ses curseurs semblent se placer à gauche. Au foot, c’est un but contre son camp ; en médecine, on appelle ça un suicide réussi du premier coup.

Sanguine de Marion Le Corroller, le 28 octobre au cinéma