Du beat, des beats, des bites

Critique | Viva d’Aina Clotet | Semaine de la Critique

Depuis le début du festival, on peut déjà dénombrer une certaine quantité de films retraçant les trajectoires de femmes dans leur quotidien corporel, portant souvent le nom de la protagoniste, et ayant pour objectif de donner à voir (ils expliquent franchement) une émancipation de leur condition de femme. Viva prolonge ce nouveau type de film à sujet avec son personnage Nora (joué par la réalisatrice elle-même, ouvrant à des échos autobiographiques), en rémission d’un cancer du sein, et bien décidée à vivre pleinement, maintenant qu’elle n’a que trop conscience de sa mort prochaine. 

Le problème est dans la question qui n’est jamais posée. Qu’est-ce que vivre pleinement ? Aina Clotet axe son film sur la libido débordante, nouvellement retrouvée après des traitements lourds, de son personnage, qui lui permet de se réapproprier son corps meurtri par les machines (du scanner compresseur de seins au scalpel de chirurgie) et la maladie. Nora, chercheuse dans un laboratoire travaillant à ralentir le vieillissement des cellules, quarantenaire, commence ainsi une passion sexuelle avec Max (Naby Dakhli), le jeune cousin de sa meilleure amie, dans le dos de son mari (Marc Soler) qui a pris soin d’elle pendant toute sa maladie. Ne tombons pas dans la morale : le film a cela de réussi qu’il crée des personnages féminins complètement autocentrés. Sa meilleure amie, enceinte et complètement angoissée à l’idée que son futur bébé puisse mourir, lui montre des vidéos autour de la mort, sans se préoccuper que cela soit un sujet très sensible pour son amie. Sa mère, psychiatre, lui parle d’une patiente qu’elle vient de croiser pour lui raconter qu’elle n’arrête pas d’essayer de se suicider, sur un ton presque agacé par la répétition. Nora elle-même trompe allègrement son mari sans jamais vraiment ressentir de culpabilité, et n’hésite pas à revenir avec lui quand son autre histoire se finit.

OK Freud. 

Néanmoins, la sur-signifiance de chaque séquence, de chaque pierre qui vient construire le personnage finit par abattre à coup de marteaux des cloisons qui sonnent creuses : elle a peur de la mort donc elle fait l’amour. Bien. Oui mais voilà qu’elle regrette le sérieux d’une relation engagée, tout en cherchant le jeu de l’enfance. En clair, elle se tape un mec plus jeune pour se donner une seconde jeunesse (le jardin d’Eden, l’Eternité, comme nous le montre le jeu en VR auquel ils s’adonnent tous deux). Pourquoi pas. Ce qui devient gênant est la manière de psychologiser systématiquement des scènes qui sont parfois visuellement très fortes : vomir sur son partenaire au moment d’une fellation dit autrement bien un rapport au corps féminin au sein du patriarcat que les vaines tentatives de justifier l’incident par son taux d’alcoolémie ou par l’explication de comptoir qui pousse son mari à la quitter définitivement — le toucher la dégouterait profondément.

Le seul effet de mise en scène vraiment marquant s’appuie sur le retour de plans sur des insectes mourants, notamment de la chaleur caniculaire, ou dans l’attrape-mouche de sa cuisine (qu’est son mariage ? on a compris). S’ils sont aussi sur-signifiants, ils ont au moins l’intelligence de ne pas parler et d’exister comme de simples micro-organismes, qui, s’ils tentent bien de survivre, ne consacrent pas toute leur énergie à tenter de lutter contre la mort au lieu de profiter du sursis qui leur est octroyé, en cultivant son potager par exemple. Mais puisque sa grand-mère meurt quand l’enfant de son amie naît, le cycle de la vie est respecté et les moutons seront bien regardés. Viva montre un personnage vivant, on l’aura deviné.

Viva d’Aina Clotet, prochainement au cinéma.