Critique | Adieu monde cruel de Félix de Givry | Semaine de la critique
Ambiance bande passante années 1970, narration littéraire à la papa Sautet, Adieu monde cruel nous conte l’histoire de la soi-disant fin d’Otto (Milo Machado-Graner), jeune adolescent de quatorze ans victime de harcèlement, qui s’avère être – toujours selon la voix off de Françoise Lebrun – le début de quelque chose d’autre. Pas tant. Très didactiquement, la pulsion de mort se transforme en pulsion de vie quand Otto errant est trouvé par Léna (Jane Beever), une fille de son collège qui décide d’en faire son secret et de le cacher dans une chambre inutilisée de l’auberge de sa mère. Pratique. Otto est donc publiquement mort et intimement amoureux, et disparaît pour n’exister que dans les yeux de son amoureuse, détentrice du secret de sa vie.
Si la métaphore de l’amour comme existence pour un seul être, comme acte ultime de survie par la reconnaissance d’un regard, aurait pu donner à goûter l’intensité de l’innocent amour adolescent, pour par exemple déconstruire l’égotisme inhérent à la formule romantique, le film se referme sur une chambre à soi vide de toute émotion et imagination. Bavard, il ne dit absolument rien. À l’image du couvent déserté dans lequel se réfugie d’abord Otto, Félix de Guivry nous montre des ruines desquelles il tire des bibelots d’un monde perdu, mais le tout à la facture du toc. Interrogations sur le miracle, lettre mielleuse et appels passés sur le téléphone fixe de la réception alors que les portables et les réseaux sociaux sont dans la poche, le film épouse les ordres d’une nostalgie de vieux cons qui veut retrouver le paradis perdu de l’enfance (de l’humanité cinématographique) en jetant un filtre insta sur une Normandie débarquée du reste de la France, du réel.
Le cinéma, l’amour comme cocon douillet et préservé de l’enfance, à l’étage duquel passent et se croisent des voyageurs du monde, alors que la baraque fuit de toute part, est une conception qui donne libre-court au harcèlement et à la violence, en n’y faisant pas face de front, en se réfugiant dans un imaginaire du déni. Évacuer la situation initiale d’un harcèlement en bande organisée par un repli extrême sur soi, c’est précisément alimenter les fictions fascisantes qui justifient les lynchages collectifs. Car on ne vit d’amour et d’eau fraîche que dans la tête des bourgeois. Félix de Givry nous conte la fin de son début.
Adieu monde cruel de Félixde Givry, au cinéma prochainement

