Critique | Coeur secret de Tom Fontenille | ACID 2026
(N.B. : Pour les mentions de Lilou, dont la transition de genre se fait au fil et au-delà des images, « le père », « iel » ou « elle » seront utilisées).
Perché·es sur une petite colline, Tom Fontenille et ses proches se réunissent pour un rite funéraire herbacé, tentent de faire deuil, et, ensemble, dispersent maladroitement les cendres au cœur de la terre, et alors atteindre celui qui, secret, se laissera petit à petit approcher. Les préoccupations du cinéaste sont de l’ordre de l’intime. Déjà avec Mémé Kim (2025) il s’agissait de comprendre d’où l’on vient, ce qui est transmis, ce qui reste à démêler ou restera obscur.
Sur quelques notes de piano s’ouvre le portrait de Lilou, père ronchon, à la fois renfermée et abondante, persuadée de ne rien ressentir, ou seulement d’être traversée, parfois, par des «réactions». Suite à la mort de sa compagne, elle doit composer avec le quotidien, apprendre de nouveaux gestes, passer la serpillière, balayer sous le tapis ses émotions, faire valser contre les murs la poussière. Une prétendue neutralité émotionnelle portant des résidus de colère et de joie, exprimés à demi-mot en coupant les légumes, comme si de rien n’était, comme pour passer vite à autre chose. Contourner, aussi délicatement que frénétiquement, en faisant quinze fois le tour du lit, tâtonner afin de retrouver sa place ; remodeler les liens.
Dès lors s’immiscent des pistes pour des renouements. S’observer en vue de mieux s’appréhender. Le souci est universel : que faire de nos relations avec nos parents ? Alors que les rapports s’inversent, c’est au tour des enfants de confronter leurs parents qui font la moue, des tentatives de raccorder les dysfonctionnements selon les rythmes de chacun·e, composer avec les reproductions, apprendre à réparer et être présent·e avec après avoir blessé. Dans ses frictions s’organisent de nouvelles manières de se voir, d’individu à individu. Tom, en cherchant à confronter son père, découvre qu’elle se travestit, fait coexister un espace, cinématographique, à côté du sien. L’évolution du film sera donc multiple. S’entremêlent, et explosent parfois, les introspections de Tom, sa sœur, et de Lilou, qui doivent faire cohabiter le deuil avec le flux, les transformations et les contradictions de leurs vies. Tout remue sans cesse : les personnages grandissent au fil des images et des conversations, se défont de leurs réflexes, se fabriquent en même temps que le film se fait.
En se cherchant en même temps qu’il cherche le film, Tom Fontenille trouve la juste distance. Tout en conservant sa place et son regard, le filmeur parvient à retranscrire une poésie du quotidien, insuffle à vélo des élans de vie, afin d’en ressortir le cœur plus apaisé.
Coeur secret de Tom Fontenille, prochainement au cinéma

