Critique | Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček | 2026
C’était une annonce qui fit frémir dans le bon comme dans le mauvais sens du terme : suite au succès critique et publique de Vermines (2023), premier film français aux belles ambitions horrifiques, Sébastien Vaniček était aux commandes d’Evil Dead Burn, sixième opus de la saga vieille de quarante-cinq ans. Bon sens du terme, car le cinéaste, grand fan de la première heure, se voit adoubé et produit par Sam Raimi et Bruce Campbell themself (respectivement réalisateur et acteur principal de la trilogie originelle), ce qui lui donne de franches possibilitées de création, notamment de garder Florent Bernard au scénario (comme ce fut le cas sur Vermines). Mauvais sens du terme, car au jeu du cinéaste de genre français qui rêve de studios hollywoodiens, le résultat est souvent cauchemardesque : des Frenchs Frayeurs des années 2000, seul Christophe Gans et Alexandre Aja sortent la tête hors de l’eau (et encore), quand plus récemment The Substance de Coralie Fargeat a eu l’audace d’espérer initier un avenir un peu radieux pour les grenouilles françaises qui se veulent aussi grosses que le boeuf étatsunien…
Welcome home
Si, depuis le reboot de Fede Álvarez sorti en 2013 — une inspiration pour Sébastien Vaniček, puisqu’il a affirmé à plusieurs reprise avoir une des images du film en fond d’écran de son ordinateur — chaque opus veut rafraîchir l’univers de la saga par une discontinuité avec la saga. Point de départ facile pour les français donc, puisque Evil Dead Burn se démarque par une simple différence : cette suite en est vraiment une. Le démon de Jessica de Evil Dead Rise (2023) est toujours en liberté, et après avoir lacéré deux pêcheurs sur son lac, il prend possession de Will (George Pullar) en le tuant dans un accident de voiture. Sa petite amie française, Alice (Souheila Yacoub), doit alors affronter durant l’enterrement son démon de petit copain, ainsi que sa belle famille, devenue le réceptacle de toutes les violences du célèbre « Deadite » .
Si les premiers courts métrages du cinéaste, puis Vermines, nous avaient mis en appétit sur ses capacités à nous foutre la trouille, Evil Dead Burn nous le confirme, Sébastien Vaniček a un talent de fabriquer l’effroi viscéralement dans le ventre. Sa mise en scène est brutale, prenant un très malin plaisir à disloquer les corps par tout objet contondant, la scène d’ouverture étant à ce titre exemplaire, tant l’inventivité de la mort provoque un mélange de jouissance et de douleur chez le spectateur : le visage est rendu inhumain par les fils de pèches, et le corps rendu à ses propriétés de marionnette de chair, charcuté par le montage et les nombreux gros plans des hameçons qui saisissent et tranchent la peau.
Vaniček et Bernard ont parfaitement digéré l’idée de jeu de massacre mâtiné de burlesque d’Evil Dead. La peur qui émane d’une certaine horreur que peut dégager la belle famille des Price — en exploitant notamment leurs vice et défauts pour mieux les posséder — laisse un arrière goût familier d‘home sweet home et en fait une expérience horrifique universelle, donc davantage terrifiante. Chaque pièce de la maison familiale décrépie est un nouveau niveau de jeu vidéo qui offre une différente manière de torturer les personnages, du porte couverts du lave vaisselle au repose tête de la voiture. D’ailleurs, si on pense par instants à la famille totémique de Massacre à la Tronçonneuse (1974), il serait nécessaire de créer un pont entre les Price à la famille Baker de Resident Evil 7 : Biohazard (2014, Capcom), certains plans sur la décomposition du visage du patriarche Will Price rappellent la cannibalisation de Lucas Baker, ainsi que la manière qu’ont les protagonistes d’habiter l’espace (la cabane et l’extérieur pour le père, la chambre de la grand-mère, la cuisine de la mère).
Devil wears TN
Si on pardonne la narration qui appuie et surligne lourdement la violence sexiste de Will envers Alice (le réalisateur ayant avoué dans de nombreuses interviews que les nombreux flashbacks explicatifs sont des ajouts des studios suite à des projections tests), le film peut se targuer de délivrer en sous marin un discours méta sur la fabrication du film. La française Alice affronte son petit ami comme Vaniček affronte l’industrie hollywoodienne, machine infernale dévorante de ses sagas littéralement nostalgiques de ses vieux démons. Au sein de cet été caniculaire, l’horreur de Vaniček peut rivaliser avec celle de Parsons (Backrooms) et de Barker (Obsession), en cela qu’ils viennent de la même génération de cinéastes ayant fait leurs expérimentations sur Youtube, et qu’ils payent leurs tribus aux studios par leurs premiers films, soit dans l’hommage frontal (le concept très Quatrième Dimension du film de Barker) ou dans le compromis de franchise (Backrooms devenant la nouvelle saga horrifique d’A24). Vaniček sait qu’il n’est pas le réalisateur qui réinvente de fond en comble la formule de la saga Evil Dead (la série Ash vs Evil Dead est déjà passée par là, essorant le concept de possession dans tous les sens), mais il est celui qui lui rend toute sa pleine singularité.
Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček , au cinéma le 8 juillet 2026

