Critique | Les Chiennes de Sophier Roger| Autres Joyaux, FID 2026
Dans la continuité de L’amour sur le chemin des roncettes, Sophie Roger multiplie les allées de son potager relationnel, littéraire, sensible. D’emblée, l’amoureuse fait danser les épis dorés sur les réglages clairs-sombres que lui propose l’étalonneuse. Ensemble et avec Les Chiennes, elles font s’ouvrir le paysage, intime, dans son processus même de fabrication ; un œil ou rien afin de revenir en arrière sur le renard qui file à travers champs.
Les chemins se mettent en place collectivement, auprès des boucles d’or, des mufliers, des amitiés des plantes rudérales qui jardinent le film et font prairie. Les lectures s’entremêlent dans les discussions qu’elles amènent, des relectures aux traductions, ce qui se tisse entre les mots, du tissu de la robe aux poèmes des falaises, participe au film en train de se faire et qui s’étend devant nos yeux. Puis, en plans fixes, perpétuellement, elles vont dans le maïs, lèvent la banderole tandis que les nuages se rejoignent sur les sanglots et les instruments qui calmement respirent. Car l’adieu c’est la nuit, (et c’est vrai pour toujours), le jour persiste pour de tendres rêveries qui s’ancrent alors dans les hautes herbes.
De son corps, Sophie Roger se niche, se déplace dans les prés, joue à cache-cache, son dos s’arrondit, se synchronise avec le ronflement des chiennes. Au sein de la terre, couchée depuis des années, les pelages s’étalent sur son être, s’y combinent. Par ses images, la cinéaste convoque une politique poétique de la relation aux mondes et aux individus qui l’entourent. Sa maison comme nid, elle et ses camarades passent, ressassent les sentiers d’un Cinéma-Potager.

