Critique | Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue | ACID
Blaise a bien grandi depuis sa dernière visite sur nos écrans. Originellement héros éponyme de sa propre bande dessinée de 2009 à 2012 aux éditions Glénat, puis de sa série courte sur Arte en 2016, l’univers de Dimitri Planchon évolue désormais au cinéma. Il avait douze ans sur petit petit écran, il en a désormais seize, et son créateur s’entoure dorénavant de Jean-Paul Guigue à la co-réalisation et scénarisation (exercice qu’il a déjà pu pratiquer sur le film Silex and the City en 2024). Blaise Sauvage (Timéo Beasse) est toujours mal dans sa peau, même si sa rencontre avec Joséphine (Nina Blanc-Francard) le désinhibe et le fait entrer en révolution. Quant à ses parents, ils ne sont décidément pas de très bons modèles pour lui : sa mère (Léa Drucker) tente tant bien que mal d’avoir une bonne réputation dans son nouveau travail de manager d’une entreprise de cailloux, et son père (Jacques Gamblin), homme au foyer et très (trop) protecteur de sa môman, découvre que sa meilleure amie le méprisait depuis vingt ans.
La comédie selon Dimitri Planchon repose sur une technique simple, qui découle d’une adaptation assez littérale de l’humour de la BD originelle pour le cinéma. Sur des situations absurdes, fondées principalement autour de quiproquos, dans des dialogues et des jeux de langage, se proposent une animation proprement figée, comme si les personnages étaient toujours bloqués dans une case. Les choix de cadres souvent fixes, frontaux, de valeurs moyennes sur les personnages, avec des profondeurs de champ donnant la sensation d’aplats pour les arrières-plans, sont les premiers éléments révélateurs de cette esthétique. L’absurde propre à l’univers des bandes dessinées est totale lorsque l’on se rend compte que les personnages ne changent jamais de vêtements : la tenue de cadre de bureau coincée de la mère de Blaise et de son assistante seront les mêmes où qu’elles aillent, que ce soit le bureau ou une boîte de nuit. Le récit se structure comme une succession de sketchs (par exemple l’ouverture avec la conseillère d’orientation, la soirée de Blaise, une journée au bureau de la mère), sans toutefois tomber dans le travers d’un film écrit comme une saison de série avec les épisodes mis bout à bout.
À la manière des Têtes à Claques (2006) qui auraient rencontré les Deschiens (1993-1998), le dessin animé de Dimitri Planchon appuie sur les défauts des personnages (le gros nez de Blaise, la tâche de jus de raisin sur la veste de la mère, l’allergie au détergent à la pomme pour le père), ils font peu de mouvements, seuls la bouche et les yeux s’animent sur leurs visages, exacerbant alors le ton neurasthénique des voix des acteur·ices. La force du film tient en ce décalage constant entre les personnages, qui font tout pour s’entendre et se comprendre, mais qui échouent systématiquement car trop enfermés dans leurs propres bulles. Une fois le premier quiproquo lancé, le film s’embarque sur une multitude de pistes comiques à bases d’interprétations foireuses, éclatant la cellule familiale de départ : la mère qui voulait bien se faire voir de sa collègue finit par coucher avec elle et quitter son mari, et Blaise, d’un naturel mou et pacifique, s’implique dans des manifestations et des attentats révolutionnaires visant la Présidente de la République. Blaise touche par l’humour un symptôme de notre époque, de notre capacité à vouloir bien faire, mais de ne jamais s’aventurer vers l’autre. C’est en ça que le film est hilarant : on se moque de personnages qui nous ressemblent dans leur maladresse banale.
Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue, prochainement au cinéma

