Les derniers jours du disco

Critique | Les Matins merveilleux d’Avril Besson | Séance Spéciale

Un beau jour d’hiver, la grand-mère de Charlie (India Hair) meurt. Charlie n’a pas de mec, pas d’enfant, mais elle a déjà sa place réservée dans le caveau familial. Elle ne pleure pas la mort de son aïeule, mais elle prend tout en charge, y compris de livrer elle-même une caisse de vieux vinyls discos léguée par la défunte à un cinquantenaire dénommé Titou (Eric Cantona). De toute façon, Charlie peut être là où ça lui chante : elle est traductrice instantanée et travaille en distancielle, alors, qu’elle soit à Paris ou dans le Var, cela ne change rien. Charlie trace sa route, s’acclimate, discute avec les gens, trouve une place là où il y en a.

Un Coeur en hiver

Les Matins merveilleux est un premier film d’Avril Besson, mais c’est surtout un film d’India Hair, un rôle taillé et pensé pour son regard, son rythme de voix. Elle donne au personnage de Charlie tout son côté bleu, toute la fragilité d’un cœur en hiver qui chante au karaoké Mon amie la rose de Françoise Hardy, avec la même force mélancolique que Corinne Marchand qui chantait Sans Toi chez Agnès Varda dans Cléo de 5 à 7 (1962). Charlie n’est pas toujours attentive au monde, mais elle est bercée en permanence de son doux mouvement, par le disco de Titou, ou la flamboyance de Marina (Raya Martigny). Le film est d’ailleurs vissé à l’humeur de ses personnages : c’est un paysage d’été filmé en arrière-saison, où les plages sont désertées, le soleil diffusant une lumière froide sur des vies minuscules. Le seul remède à la mélancolie qui s’est emparée de tous est le Vertigo, la seule boîte de nuit encore ouverte durant les nuits d’hiver. Il y a eu la gentillesse d’Aymeric interprété par Karim Leklou dans Le Roman de Jim (Frères Larrieu, 2024), et, grâce à Avril Besson, il y a désormais la candeur naïve de Charlie par India Hair, et la rêverie du Titou d’Eric Cantona, dansant toutes deux le disco en souvenir d’une personne perdue.

C’est d’ailleurs via la musique que le film dévie de son écriture et son parcours programmatique de premier long magnet cordon bleu. Quand Charlie découvre une vidéocassette de sa mère (qu’elle n’a jamais vraiment connue) qui danse dans les années 1990, sa première réaction est de revoir les images, revoir les lumières stroboscopiques imbibées du Spacer de Sheila, « Encore ! » dit-elle, dans un élan vital enfantin qui la surprend elle-même lorsque la bande s’arrête pour la première fois. Séquence suivante, Charlie relance en boucle les images, et tente de reproduire les pas de danse de disco de sa mère. Alors surgit un plan bouleversant, un de ces plans qui font tout un film : les images de la mère dans les années 1990 diffusées se confondent avec le reflet de Charlie sur la télévision. La découverte des images de la cassette faisait advenir un dialogue musical imaginaire, en champ-contrechamp, entre une mère et sa fille, et la séquence suivante les réunit, dansant enfin ensemble le temps d’un plan. Le plan est simple, laisse toute la place à son actrice, et c’est dans ces moments-là que Les Matins Merveilleux est un bon premier film : il contient en son sein une belle idée de cinéma.

Les Matins merveilleux d’Avril Besson, prochainement au cinéma