Critique | Sheep in the Box de Hirokazu Kore-Eda | Compétition
Otone et son mari Kensuke sont endeuillés de leur enfant de neuf ans Kakeru, mort dans un accident de voiture. Cela se passe dans un futur proche, pas tout à fait différent technologiquement, et voilà que Otone reçoit une publicité d’une entreprise de robots humanoïdes, qui permettrait grâce à l’IA générative et alimentée par des archives personnelles du couple de recréer Kakeru en automate, « ils se font de l’argent sur le malheur des gens » dit Kensuke. puis après plusieurs scènes passées à la machine scénaristique d’usages pour ce genre de récit (le couple discute du bien fondé de ce projet durant une maigre scène), les voilà avec un nouveau Kakeru, tout propre, rutilant, robotique, sans âme. Ce sont là les premières minutes du nouveau film de Hirokazu Kore-Eda, Sheep in the box, et il s’y trouve un profond air de déjà-vu.
Dessine moi un robot
Alors que le cinéma du metteur en scène japonais pouvait facilement être qualifié d’à l’heure sur son époque (avec Un Air de Famille en 2018 ou Tel père tel fils en 2013 par exemple), sa traversée dans la science-fiction le rejette paradoxalement en retard d’un quart de siècle. On pense bien sûr à IA (2001) de Steven Spielberg, à certains épisodes des premières saisons de Black Mirror (2011-2014). Chaque élément de mise en scène, de jeu, de scénario, se confronte aux références, au détriment du film, qui ne s’avère jamais assez cruel ou empathique (un comble pour Kore-Eda). Le principal problème se loge dans l’arrivée de ce robot au sein de la famille : la mise en scène ne fait quasiment aucun cas du sentiment de la vallée de l’étrange qu’est censé représenter le nouveau Kakeru. Pire que ça, le cinéaste semble ne pas s’intéresser matériellement au concept même du robot : s’il ne peut pas nager, pas manger, ni vieillir physiquement, comment penser que cette solution est pérenne sur le long terme ?
Et là où Spielberg pouvait filer une belle métaphore robotique via le conte de Pinocchio (ce qui était quand même assez lourdaud en soi, mais la générosité de mise en scène de Spielberg faisait passer la pilule), Kore-Eda déroule son récit avec des mentions explicites du Petit Prince (1943), « le mouton dans la boîte » en est une référence (tout en permettant une autre, au roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?). L’imbrication de la poésie humaniste de Saint Exupéry rend alors les choix de teintes blafardes du cinéaste encore plus impersonnelles, et l’alternance des points de vus entre l’enfant et ses parents rendent le tout très confus et ennuyant, comme s’il ne savait pas quel film choisir entre la quête d’émancipation du robot et l’acceptation du deuil pour les parents. En fin de course, le festivalier peut légitimement se poser la question de la présence du film en compétition, tant il paraît au pire calé pour Cannes Première (les films mineurs des cinéastes déjà venu sur la Croisette, comme le rappelle souvent Thierry Frémaux), voire pas du tout à la hauteur d’une sélection en festival. Après tout, n’oublions pas que nous sommes là face au 17ème film d’un cinéaste multi-récompensé.
Sheep in the Box de Hirokazu Kore-Eda, le 16 décembre au cinéma.

